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Rédigé par Delphine Riehl

جبران خليل جبران




جبران خليل جبران
poète, romancier et peintre, gibran khalil gibran (connu sous le nom de khalil gibran) est né à bcharré, au liban, le 6 janvier 1883.
adolescent, il émigre aux états-unis où il passera une grande partie de sa vie...

une série de voyages en grèce, en italie et en espagne le conduisent à paris où pendant deux années il étudie la peinture quand il est rappelé à boston (USA) où décèdent sa mère, son frère et une de ses soeurs de la tuberculose... c'est dans un état de détresse et de détachement qu'il entame une version anglaise du 'prophète', oeuvre dont il avait déjà esquissé les grandes lignes en arabe dès l'âge de quinze ans !, et qu'il travaillera jusqu'en 1923
... sans jamais oublier son pays d'origine...
'vous avez votre liban, avec tous les conflits qui y sévissent ; j'ai mon liban avec tous les rêves qui y vivent ' (1920).

... au lendemain de sa mort le 10 avril 1931, un quotidien new-yorkais avait titré 'un prophète est mort'. l'immigrant libanais laissait derrière lui, à 48 ans, une oeuvre importante et surtout un texte en particulier, devenu un livre-culte, le prophète...

il laisse derrière lui des poèmes et des méditations qui ont eu une énorme résonnance en occident et en orient... ces textes empreints de symboles et de spiritualité amèneront le lecteur vers ses profondeurs et la sagesse.
il dit de lui même...
'je suis venu afin de vivre dans la gloire de l’Amour et dans la lumière de la Beauté, qui sont les reflets de dieu... sur cette terre je vis, et personne ne peut me chasser des sphères de la Vie... car, à travers mon mot chargé de vie, je continuerai d’exister, même dans la Mort.'
(extraits)

Et un poète dit, Parle-nous de la Beauté.
Et il répondit :
Où chercherez-vous la beauté et comment la trouverez-vous, si elle n'est elle-même votre chemin et votre guide ?
Et comment parlerez-vous d'elle, si elle n'est le fil qui tisse vos paroles ?
Les affligés et les stigmatisés disent, "La beauté est bonne et douce.
Comme une jeune mère intimidée par sa propre gloire, elle passe parmi nous."
Et les passionnés disent, "Non, la beauté procède de la puissance et de la terreur.
Comme la tempête elle secoue la terre sous nos pieds, et le ciel au-dessus de nos têtes."
Et les fatigués et les las disent, "La beauté est faite de doux murmures. Elle parle en notre esprit.
Sa voix cède à nos silences, comme une lumière à peine visible qui vacille dans la peur de l'ombre."
Et les impétueux disent, "Nous l'avons entendu crier à travers les montagnes,
Et avec ses cris viennent le bruit des sabots, et le battement des ailes et le rugissement des lions."
La nuit, les veilleurs de nos cités disent, "La beauté se lèvera à l'est, avec l'aurore."
Et à midi, les travailleurs et les voyageurs disent, "Nous l'avons vu se pencher sur la terre des fenêtres du couchant."
En hiver, ceux qui sont enneigés disent, "Elle viendra avec le printemps, bondissant sur les collines."
Et dans la chaleur de l'été les moissonneurs disent, "Nous l'avons aperçue dansant avec les feuilles de l'automne, avec des flocons de neige dans ses cheveux."
Toutes ces choses, vous les avez dites de la beauté,
Cependant, en vérité, vous ne parlez pas d'elle, mais de vos besoins insatisfaits,
Et la beauté n'est pas un besoin, mais une extase.
Elle n'est pas une bouche assoiffée, ni une main vide et tendue,
Mais plutôt un cœur embrasé et une âme enchantée.
Elle n'est pas l'image que vous voudriez voir ni le chant que vous voudriez entendre,
Mais plutôt une image que vous voyez bien que vous fermiez vos yeux, et un chant que vous entendez quand bien même vous bouchez vos oreilles.
Elle n'est pas la sève sous l'écorce desséchée, ni une aile attachée à une serre,
Mais plutôt un jardin pour toujours épanoui et une nuée d'anges à jamais en vol.
Peuple d'Orphalese, la beauté est la vie quand la vie dévoile sa face sacrée.
Mais vous êtes la vie et vous êtes le voile.
La beauté est l'éternité se contemplant dans un miroir.
Mais vous êtes l'éternité et vous êtes le miroir.

Et un orateur dit, Parle-nous de la Liberté.
Et il répondit : Je vous ai vu vous prosterner aux portes de la cité et dans vos foyers, et vous vouer au culte de votre propre liberté, Comme les esclaves qui s'humilient devant un tyran et le louent, alors qu'il les anéantit. Oui, dans le bosquet du temple et dans l'ombre de la citadelle, j'ai vu les plus libres d'entre vous porter leur liberté comme un joug ou des menottes. Et mon cœur saigna en moi ; car vous ne pouvez être libre lorsque vous forgez une chaîne du désir même de la liberté, et quand vous ne cessez de parler de la liberté comme d'un but et un accomplissement.

Vous serez libre en vérité non pas quand vos jours seront sans tourments et vos nuits sans un désir ou un chagrin, mais d'avantage quand ces choses étrangleront votre vie, et que pourtant vous vous élèverez au-dessus d'elles, nu et sans entraves. Et comment vous élèverez-vous au-delà de vos jours et de vos nuits, à moins que vous ne rompiez les chaînes que vous-même, à l'aurore de votre entendement, avez fixé autour de votre âge mûr ?

En vérité ce que vous appelez liberté est la plus solide de ces chaînes, bien que ses anneaux scintillent au soleil et éblouissent vos yeux. Et à quoi voulez-vous renoncer dans votre quête de la liberté, si ce n'est à des parcelles de vous même ? S'il existe une loi injuste que vous voudriez abolir, cette loi fut écrite de votre propre main sur votre propre front. Vous ne pouvez l'effacer en brûlant vos tables de la loi, ni en lavant le front de vos juges, même si vous déversiez sur eux la mer toute entière.

Et s'il existe un despote que vous voudriez détrôner, voyez d'abord si l'image de son trône érigée en vous est détruite. Car comment le tyran peut-il régner sur les affranchis et les fiers, s'il n'existe une tyrannie dans leur propre liberté et une honte dans leur propre fierté ?

Et s'il existe un tourment que vous voudriez dissiper, le siège de cette crainte est dans votre cœur et non dans la main du tourment. Vraiment, toutes les choses se meuvent dans votre être en une continuelle étreinte fatale ; ce que vous désirez et ce que vous redoutez, ce qui vous attire et ce qui vous répugne, ce que vous poursuivez et ce que vous voulez fuir.

Ces choses se meuvent en vous comme la lumière et l'ombre, en couples enlacés. Et quand l'ombre se dissipe et disparaît, la lumière qui persiste devient l'ombre d'une autre lumière.

Et telle est votre liberté qui, quand elle perd ses entraves, devient l'entrave d'une plus grande liberté.

Et la prêtresse parla à nouveau et dit, Parlez-nous de la Raison et de la Passion.
Et il répondit, disant :

Votre âme est souvent un champ de bataille au sein duquel votre raison et votre jugement luttent contre votre passion et votre instinct.
Puissé-je être l'émissaire de paix de votre âme, et transformer la discorde et la rivalité de ce qui vous constitue en unité et mélodie.
Mais comment le pourrais-je, à moins que vous-même ne soyez l'émissaire de paix, plus encore, l'ami intime de ce qui vous fonde ?
Votre raison et votre passion sont le gouvernail et les voiles de votre âme qui navigue de port en port.
Si votre gouvernail ou vos voiles se brisent, vous ne pouvez qu'être ballottés et aller à la dérive, ou rester ancrés au milieu de la mer.
Car la raison, régnant seule, est une force qui brise tout élan ; et la passion, livrée à elle-même, est une flamme qui se consume jusqu'à sa propre extinction.
Aussi, laissez votre âme exalter votre raison jusqu'aux hauteurs de la passion, de sorte qu'elle puisse chanter ;
Et laissez la diriger votre passion avec raison, afin que la passion puisse vivre au travers de son incessante résurrection, et tel le phœnix renaître de ses propres cendres.
Je voudrais que vous considériez votre jugement et votre instinct ainsi que vous le feriez dans votre maison de deux hôtes bien aimés.
Vous ne voudriez certainement pas honorer un hôte plus que l'autre ; car celui qui porte plus d'attention à l'un perd l'amour et la confiance de tous les deux.
Lorsque parmi les collines, vous êtes assis à l'ombre fraîche des peupliers blancs, partageant la paix et la sérénité des champs et des prairies qui s'étendent au loin - alors laissez votre cœur dire en silence, "Dieu se repose en la raison".
Et quand la tempête arrive, et qu'un vent fort secoue la forêt, et que le tonnerre et l'éclair proclament la majesté des cieux - alors laissez votre cœur dire avec respect, "Dieu agit dans la passion".
Et puisque vous êtes un souffle dans la sphère de Dieu, et une feuille dans la forêt de Dieu, vous devez reposer en la raison, et agir avec passion.

Un homme dit, Parle-nous de la Connaissance de soi.
Il répondit :

Vos cœurs connaissent en silence les secrets des jours et des nuits.
Mais vos oreilles se languissent d'entendre la voix de la connaissance en vos cœurs.
Vous voudriez savoir avec des mots ce que vous avez toujours su en pensée.
Vous voudriez toucher du doigt le corps nu de vos rêves.
Et il est bon qu'il en soit ainsi.
La source secrète de votre âme doit jaillir et couler en chuchotant vers la mer,
Et le trésor de vos abysses infinis se révéler à vos yeux.
Mais qu'il n'y ait point de balance pour peser votre trésor inconnu,
Et ne sondez pas les profondeurs de votre connaissance avec tige ou jauge,
Car le soi est une mer sans limites ni mesures.
Ne dites pas: "J'ai trouvé la vérité", mais plutôt: "J'ai trouvé une vérité".
Ne dites pas: "J'ai trouvé le chemin de l'âme". Dites plutôt: "J'ai rencontre l'âme marchant sur mon chemin".
Car l'âme marche sur tous les chemins.
L'âme ne marche pas sur une ligne de crête, pas plus qu'elle ne croit tel un roseau.
L'âme se déploie, comme un lotus aux pétales innombrables.]l


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