}
azurelite pro création site internet nice
Rédigé par delphine riehl

Au revoir parapluie !



Cela commence par un tourbillonnement de longues cordes tressées, qui emprisonnent un homme, puis s’affaissent en une lourde masse informe, inquiétante.
Cela s’achève par le montage d’un chapiteau de cirque, d’où se déverse une pluie lumineuse de petits volants blancs. Entretemps, il y aura eu le monde enchanté de James Thierrée. Après La Symphonie du hanneton, La Veillée des abysses, il reprend le cours d’un voyage en terre de poésie. Terre des enfants, des artistes.
Des êtres inconscients des limites du monde. Rien ne leur semble, rien ne leur est impossible. Ils s’envolent dans les airs, se disloquent, dansent, trébuchent sur les gestes les plus quotidiens, se cachent derrière leurs doigts de pied…
Poète et magicien, James Thierrée une fois encore, nous emmène dans son univers féerique et aventureux, à la frontière de la peur et du pur bonheur.



Au revoir parapluie !
... venant des coulisses, glisse un étrange véhicule, d’où s’extirpe une femme, elle chante du Vivaldi. Sur la scène où il fait nuit, tourbillonne une lourde voilure blanche.
Lorsqu’elle s’arrête, elle se révèle être composée de longues cordes tressées, qui bientôt s’entrelacent, emprisonnant un homme. Et puis s’affaissent, se déposent sur le sol en une masse informe, indéfinie, inquiétante.

Après La Symphonie du hanneton, La Veillée des abysses, nous voilà revenus dans le monde de James Thierrée, tout en réalisme fantasmagorique. Chez lui, ce n’est pas contradictoire. Il n’a pas quitté cette merveilleuse certitude des enfants en perpétuel état de découverte : tout est possible. Alors, ils tentent l’impossible, se heurtent à une réalité qui ne leur obéit pas, n’est pas à la mesure de leurs désirs… Et c’est ainsi, comme on dit, qu’ils apprennent la vie.

Au revoir parapluie !
La vie, James Thierrée l’a apprise au cirque. Celui de ses parents (Victoria Chaplin et Jean-Baptiste Thierrée), où, dès l’âge de quatre ans il fait ses débuts, les regarde accomplir avec le plus grand naturel des actions bizarres, en tout cas inhabituelles.
Aujourd’hui adulte, il ne joue pas à rester un enfant. Il se sert de ce qu’il sait, de ce qu’il est : acrobate, musicien, acteur, danseur, chef de troupe, et d’abord et avant tout poète, inventeur de situations inextricables, de fables qui, sur scène, ne se racontent pas avec des mots. Au départ, cependant, tourne dans sa tête l’amorce d’une intrigue. Cette fois, celle d’un homme qui chercherait sa femme disparue, une manière d’Orphée à la poursuite d’une Eurydice qui le fuirait.

" Comme d’habitude, avoue-t-il, j’ai l’impression de vouloir construire une histoire.
Toujours la même histoire de voyage. Partir, s’en sortir, trouver, se perdre, s’émerveiller, se tromper… Et puis, nous commençons à travailler et nous avons besoin de matériel. Des objets, des accessoires qui nous invitent à imaginer ce que nous allons en faire, sans savoir à l’avance ni comment ni pourquoi.
"

Avoir confiance en ce dont on n‘a pas conscience, voilà la bonne stratégie” m’a dit un jour Jean Rochefort, et je trouve ça très juste… Les cordes, par exemple. Sans raison apparente, j’en avais envie. Elles me paraissaient indispensables, ça en devenait presque oppressant. Elles se sont imposées, ont entraîné la suite."

Au revoir parapluie !
Alors, des crochets démesurés, menaçants pendent, se balancent, prêts à ramasser un corps qui traîne. Et aussi des rideaux de théâtre, un champ de blé, des meubles…
D’un coup s’installent une maison, un fauteuil à bascule, une lampe avec laquelle dialogue un garçon égaré, tandis que James Thierrée se demande où a bien pu passer la femme qui était là à l’instant. Elle est accrochée sur son dos, il ne la voit pas. Si légère, il ne la sent pas. C’est presque logique. Et c’est ce qui lui plaît : jouer, ou plutôt assumer, avec le plus grand naturel, des actions complètement invraisemblables ou totalement quotidiennes :
s’envoler, se servir de ses doigts de pied comme éventail pour ne pas voir une scène d’horreur, et puis se battre avec un veston dont les manches refusent obstinément de s’enfiler sur les bras…

Au revoir parapluie !
Des trucs de clown, des trucs de cirque, mais jamais la recherche de l’exploit annoncé. Oui, James Thierrée vient du cirque, et aussi du théâtre, du cinéma, de la danse, des musiques ; il réunit l’ensemble :
"Je suis une sorte de dictateur qui dirige les éléments, décors, lumières, sons. Du plus gros accessoire au geste le plus minime tout doit être coordonné, et dans un même élan converger dans un même sens. C’est la seule manière d’établir la cohérence, et ça se construit jour après jour au fil des répétitions.
Je regarde les artistes et je m’adapte. Je suis obligé, car rien ne se passe jamais comme prévu. Je ne leur explique pas grand-chose, la parole n’est pas mon fort. J’imagine une situation, nous cherchons comment l’amener, et finalement je me rends compte que vouloir à tout prix suivre une narration précise nous bloque, risquerait de corseter le spectacle, de l’amoindrir. Notre but, c’est plutôt d’emmener les spectateurs au carrefour du récit et de l’émotion visuelle.
"

Au revoir parapluie !
"J’en reviens toujours à mes origines circassiennes. J’ai envie de m’adresser à la sensibilité de chacun, à son « bon fond ». De dire “respirez un bon coup, posez vos valises. Laissez vous aller, non pas tant au rêve qu’au désir de rêver l’impossible”. Il ne s’agit pas de faire « comme si » on était enfant, c’est seulement que l’enfance est l’âge où cet état est immédiatement accessible. On appelle ça l’innocence, ou si on est cynique, « la naïveté ».
Mais nous ne sommes pas dans un monde où tous seraient gentils, ou alors méchants. Plutôt un monde où les notions de gentillesse et de méchanceté seraient tout simplement inconnues, absentes. Suivre ses désirs de l’instant, comme si c’était vital, et en changer brusquement. Ainsi agissent les animaux
."

Et les artistes qui ont gardé en eux le don d’émerveillement, le goût de l’improbable et du quotidien étroitement mêlés. Pour qui se battre en duel avec une tige de blé est évident, de même disloquer son corps, trébucher, relier les musiques les plus différentes, regarder tourner sur eux-mêmes les os de ses genoux… Et terminer un spectacle de cirque en montant sur scène un chapiteau, d’où se déverse une pluie lumineuse de petits volants.
Au fait, après bien des hésitations, ce spectacle s’appelle Au revoir parapluie. Pourquoi pas.

Le chapiteau ? Un parapluie contre les mauvais esprits.


au revoir parapluie (extrait)

la veillée des abysses (extrait)

la veillée des abysses (extrait)

la veillée des abysses (extrait)


Dans nos blogs | Qui sommes nous