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Rédigé par delphine riehl

Cyprien Gaillard



'les artisans ont des ateliers, les artistes le reste du monde'


diplômé de l'école cantonale d'art de lausanne et formé par john armleder, cyprien gaillard conçoit l'architecture moderne comme un champ chaotique.
volontiers iconoclaste, son travail entrelace lyrisme et vandalisme, land art et transgression pour questionner les correspondances entre l'homme, la nature et les utopies sociales... et si dans 'believe in the age of disbelief', l'artiste intègre des constructions contemporaines aux gravures naturalistes hollandaises du 17 siècle, c'est pour mieux révéler la poésie inhérente aux ruines.

de 'one shot by' présentée à la galerie nuke, à 'prospectif cinéma' organisée au centre georges pompidou en 2008, en passant par 'pentagone' à l'atelier du jeu de paume ou 'the lake arches' à la laura bartlett gallery de londres, l'artiste a déjà à son actif de nombreuses expositions.

... en 2007, le prix audi talent awards lui a d'ailleurs été attribué, en récompense de ses actions mêlant violence, romantisme et panthéisme.

à l'occasion de la FIAC 2010, il reçoit le prix marcel duchamp (succédant ainsi à Sâadane Afif).


'la manière dont l'artiste puise dans le passé moderniste ou s'imprègne des travaux des grandes figures du land art pour imaginer des séquences envoûtantes et mystérieuses fait preuve d'une réelle cohérence', a déclaré à son sujet alfred pacquement, directeur du centre pompidou, qui présentera une des oeuvres du lauréat en septembre 2011.

http://www.centrepompidou.fr/cpv/ressource.action?param.id=FR_R-eb841d3fd322f77a2d4ba885584b6c96&param.idSource=FR_E-adc3b2a0634c494cd6fbde2da79a9ca2 http://www.centrepompidou.fr/cpv/ressource.action?param.id=FR_R-eb841d3fd322f77a2d4ba885584b6c96¶m.idSource=FR_E-adc3b2a0634c494cd6fbde2da79a9ca2


En cinq ans à peine dans le monde de l’art, Cyprien Gaillard s’est imposé parmi les artistes phares de la jeune scène internationale. Portrait d’une bombe explosive, lauréat du Prix Marcel Duchamp 2010.
Pendant trois ans au moins, de 2006 à 2009, il a parcouru le monde dans tous les sens, de Angkor à Glasgow, de Pittsburgh à Moscou, des carrières de marbres de Carrare aux sites incas du Mexique, à la recherche de tours démolies, de pyramides aztèques, de grottes géologiques, de villes américaines en complète déshérence, de brutales architectures soviétiques, de pierres tombales, de HLM en cours de rénovation, de ruines anciennes, récentes ou encore à venir dans les quartiers de banlieue promis à la destruction.

Partout il a photographié, inventorié et classé ces formes abîmées tel un archéologue du passé et du futur, inlassablement penché sur la ruine du monde. Le fruit de cette immense enquête, intitulée Geographical analogies, ce sont plus de 900 polaroïds soigneusement placés sous vitrine, comme un entomologiste épingle sous verre ses précieux papillons.

Une entreprise d’autant émouvante, que sous les vitrines, les 900 Polaroïds deviennent de plus en plus délavés, blanchâtres, s’effacent avec le temps, promis eux aussi à une ruine inéluctable.

L’histoire immémoriale de la destruction

Exposés l’an dernier au Frac Champagne-Ardenne de Reims, à Kassel en Allemagne, à Bâle en Suisse, et actuellement au prestigieux MOMA de New York, les Geographical Analogies sont un vrai chef-d’œuvre, immensément ambitieux, qui dépasse les bornes de l’art contemporain en visant le champ élargi d’une histoire immémoriale de la destruction.

Composé par un artiste qui n’a pas encore 30 ans, né en 1980, installé aujourd’hui à Berlin, jeune lauréat du Prix Duchamp 2010, mais qui en impose déjà : Cyprien Gaillard.

Une bombe dans le paysage : c’est ainsi qu’on pourrait le définir. Pas seulement pour sa belle gueule d’ange abîmé, pour son aisance à circuler aussi bien dans le monde branché de la mode dont il fut à ses débuts une petite frappe, s’amusant à superposer les marques de mode les unes sur les autres.

Pas seulement pour sa trajectoire fulgurante d’artiste international, exposé en moins de cinq ans partout dans le monde. Et pas seulement non plus parce qu’avec lui, lancé dans le monde comme un chien fou dans un magasin de porcelaines cassées, tout peut très vite "partir en live" et prendre les allures d’une épopée sauvage.

Comme ce court voyage en train au bout duquel les CRS nous attendaient à la gare, de retour d’une expo à Reims où entre beuverie et fumoir la SNCF avait assisté au retour inopiné du wagon fumeurs. Comme cette nuit à Moscou où Cyprien déboula passablement ivre dans la chambre d’un ami artiste, deux bouteilles de vodka à la main, pour l’emmener voir en profonde banlieue "le plus beau terrain vague du monde".

Ou comme cette nuit vandale et poétique du 14 juillet 2007 passée sur l’île de Vassivière, orchestrée par Gaillard comme une œuvre d’art à part entière : où l’on vit, comme dans un film ou un hallucination collective, l’intérieur d’un donjon ravagé par le feu, des arbres morts projetés comme par une tempête contre le centre d’art, le son planétaire du musicien Koudlam résonnant dans la forêt, des silhouettes furtives, fumigènes rouges à la main, courant parmi les arbres, entre l’émeute ou la rave…


Au vue de cette vie intense, rien d’étonnant alors à ce que son œuvre ait fait une irruption violente dans le champ de l’art, à coups de fumées d’extincteurs balancés en pleine campagne.

Soit un acte de pur vandalisme (les premiers extincteurs ayant été volés dans les lycées ou des lieux publics), mais teinté de romantisme allemand, qui revisitait le genre désuet de la peinture de paysage par une action grandeur nature, proche du Land Art.

Réalisée en 2004, cette série des "Real Remnants of Fictive war" rappelait encore les images du 11 septembre, et la fumée épaisse des tours effondrées envahissant Manhattan, mais elle précéda aussi de peu les émeutes de 2005 dans Paris et sa banlieue.

Retour de l’histoire, poétique de l’émeute : des signes qui ne trompent pas. Mais la vraie bombe, ce fut le film "Desniansky Raion", daté de 2007 et montré depuis partout dans le monde. Une vidéo magistrale, en trois parties, survolée par une musique composée par un Koudlam alors complètement inconnu et dans lequel Cyprien Gaillard a vu l’équivalent sonore de son travail plastique.

D’entrée de jeu, le premier tableau est sidérant de violence, et montre une vidéo-pirate trouvée par l’artiste : dans une dure banlieue de Russie ou d’Ukraine, deux armées de hooligans, les bleus contre les rouges, se font face et soudain se ruent l’une sur l’autre, se foutent sur la gueule dans une baston effroyable.

Deuxième volet : un spectacle son et lumière se déroule sur une barre HLM vouée à la démolition et qui s’affaisse bientôt dans un nuage de fumée. Dernier volet, magnifique plan large et aérien : le survol de la banlieue de Kiev et de ses architectures brutales, austères, témoins et déjà ruines du communisme soviétique.

Bref, vous n’avez pas encore fini d’en voir avec Cyprien Gaillard. Et c’est ce qu’ont dû se dire l’an dernier les habitants d’un quartier en rénovation de La Haye, en Hollande, quand ce jeune archéologue de la ruine a excavé et fait sortir de dessous terre un bunker allemand de la seconde guerre allemand que la mairie et ses paysagistes avaient caché sous une soit-disant colline verte.

"Partout c’est la même politique, s’emporte-t-il : on détruit des architectures sérieuses pour rénover les quartiers devenus insalubres. A Glasgow, on démolit des immeubles historiques pour construire un village olympique. On accuse les vieux bâtiments d’être désuets, mais en vérité les nouveaux immeubles sont beaucoup moins durables, ils sont même obsolètes avant même d’être finis."

En retour, ses actions vandales, ses lancers d’extincteurs dans la forêt, toute sa poétique de la ruine sonnent donc comme la réponse d’un artiste à une politique faussée de la ville, à un vandalisme d’état qui ne dit pas son nom.

Car la grande affaire de Cyprien Gaillard aujourd’hui, c’est justement de commémorer ces architectures dépéries :

"Je vais à Manchester à la fin du mois de novembre, pour construire une sculpture publique. C’est ce que j’aimerais faire le plus intensément aujourd’hui et dans les années à venir. C’est un monument pour deux immeubles historiques, moitié-béton, moitié-brique, faits avec les gravats de l’immeuble HULME et de l’église de Moss-side, tous deux emblématiques de l’ancien Manchester, cette cité ouvrière qui fut aussi la ville de Joy Division, New Order et de la Hacienda. Tout a été rasé, on est passé d’une ville de production à une ville de consommation, avec des immeubles post-postmodernes et de grandes rues piétonnes. La ville est ignoble, mais les gens sont magnifiques, et ils ont beau faire, ce n’est pas l’architecture qui fait la ville, c’est la population."

A Glasgow, à Manchester, à Berlin où il vit, au château de Oiron où il a déversé dans le parc les gravats d’une tour de banlieue parisienne, à Moscou où il voudrait acheter pour mieux le préserver son plus beau terrain vague du monde, Cyprien Gaillard entreprend cette folie romantique de construire avec tout cela un immense parc de ruines, disséminé partout dans le monde. "J’en ai facile pour dix ans. C’est un travail colossal."

http://next.liberation.fr/arts/11011085-les-ruines-modernes-de-cyprien-gaillard http://next.liberation.fr/arts/11011085-les-ruines-modernes-de-cyprien-gaillard


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Entre iconoclasme et esthétique minimale, romantisme et Land Art, le travail de Cyprien GAILLARD (né à Paris en 1980, vit et travaille à Berlin) interroge la trace de l'homme dans la nature et face au passage du temps. À travers ses sculptures, peintures, gravures, photographies, vidéos et performances, mais aussi d'importantes installations et interventions dans l'espace public, Cyprien GAILLARD s'est imposé comme une figure majeure de la scène artistique internationale émergente.

Qu'il commande à un peintre paysagiste des vues champêtres de banlieues suisses, cadrant au sein de leur environnement naturel verdoyant des barres d'immeubles austères (Swiss Ruins, 2005), ou qu'il insère des tours modernistes dans des gravures paysagères hollandaises du XVIIème siècle, transformant ainsi les visions naturalistes de REMBRANDT et autres en terrains à bâtir (Believe in the Age of Disbelief, 2005), Cyprien GAILLARD représente l'architecture contemporaine comme une ruine moderne sur le point d'être envahie par la nature. En cela, il applique métaphoriquement le précepte de Denis DIDEROT selon lequel « Il faut ruiner un palais pour en faire un objet d'intérêt. », comme le peintre ruiniste Hubert ROBERT le fit avec le Louvre au XVIIIème siècle.

Dans sa série The New Picturesque (depuis 2007), Cyprien GAILLARD questionne la représentation de la nature à travers la notion de "pittoresque", littéralement "Ce qui mérite d'être peint" : à l'origine, au XVIIIème siècle, un paysage dur ou accidenté, avant de s'édulcorer pour ne plus désigner qu'un paysage à la joliesse un peu mièvre. Intervenant avec de la peinture blanche sur des peintures de paysage du XVIIIème ou XIXème siècle, ou avec des découpages de papier blanc sur des cartes postales de châteaux, Cyprien GAILLARD en recouvre les éléments narratifs, révélant ainsi leur qualité pittoresque originelle.

Cette série fait écho au geste minimal de celle des Real Remnants of Fictive Wars (2003-2008), performances de Land Art, documentées en vidéos et photographies, où l'artiste déclenche des extincteurs industriels dans des paysages soigneusement choisis, comme par exemple l'iconique Spiral Jetty de Robert SMITHSON, produisant un nuage aussi vaporeux que menaçant qui souligne la beauté des lieux tout en les vandalisant.

Cyprien GAILLARD explore la notion d'entropie chère à SMITHSON, en la confrontant à des questions telles que le vandalisme, la décadence des utopies modernistes et la spectacularisation de la nature. Par exemple, la vidéo Pruitt Igoe Falls (2009) qui mêle en un fondu enchaîné la démolition nocturne d'une tour à Glasgow et l'illumination des chutes du Niagara. Ou bien la vidéo Crazy Horse (2008), consacrée à la sculpture monumentale, la plus grande au monde, du chef amérindien, en train d'être taillée au bulldozer et à l'explosif dans une montagne sacrée – une façon parfaitement entropique de célébrer le lien des Amérindiens avec la nature. Ou encore la série des Cairns (depuis 2007), photographies d'amas de gravois prises juste après la démolition d'immeubles dans le cadre de réhabilitations urbaines, qui reprennent les codes de la photographie de Düsseldorf – monumentalité, frontalité, absence de narration – tout en les poussant à leur stade ultime : au lieu d'un bâtiment moderniste arrogant, n'en subsiste plus qu'une pyramides de ruines.

Sur le mode d'une "archéologie du futur", Cyprien GAILLARD collecte ces occurrences d'entropie dans son impressionnante série de Geographical Analogies (2006-2009), boîtes rappelant les vitrines des musées d'histoire naturelle et contenant chacune neuf polaroids pris par l'artiste aux quatre coins du monde et assortis selon des analogies parfois évidentes pour le spectateur, parfois personnelles à l'artiste.

Mais de la même façon qu'Hubert ROBERT, en représentant le Louvre en ruine, ne parlait pas tant d'architecture que de la place des hommes dans cette architecture et face aux ravages du temps, les immeubles en ruines et les paysages voués à disparaître de Cyprien GAILLARD ramènent romantiquement l'homme à sa propre et inéluctable destruction. L'obsolescence programmée des architectures est aussi celle de la jeunesse qui s'y débat, que l'artiste constate et célèbre dans le même temps.

Ainsi, dans la vidéo The Lake Arches (2007), un jeune homme se casse le nez après avoir plongé dans un plan d'eau ceinturant une emblématique architecture postmoderne de logements sociaux de Ricardo BOFILL, comme des douves protégeant une forteresse impénétrable pour cette génération pourtant née en même temps qu'elle. Ou la vidéo Desniansky Raion (2007), qui alterne entre ordre et chaos, d'une bataille rangée entre deux bandes de hooligans dans une banlieue de Saint-Pétersbourg au survol d'une forêt de tours grises de la banlieue de Kiev, d'où finit par émerger un parfait ordonnancement circulaire évoquant le site mégalithique de Stonehenge, en Angleterre, en passant par le spectacle grandiose mêlant lumières, lasers et pyrotechnie sur la façade d'une barre HLM avant qu'elle ne s'effondre foudroyée. Ou bien encore Cities of Gold and Mirrors (2009), la dernière vidéo en date de Cyprien GAILLARD, qui met en parallèle déréliction de la jeunesse et ruine des civilisations précolombiennes à Cancún, au Mexique.

Cependant, dans un mouvement d'éternel recommencement, ces destructions s'accompagnent de renaissances, et Cyprien GAILLARD a commencé à créer son propre "parc aux ruines", constitué de monuments disséminés dans le monde : une monumentale sculpture en bronze d'un canard, ancien symbole d'un quartier moderniste de Paris hier à l'abandon, aujourd'hui en pleine réhabilitation, déplacée dans différents contextes, comme par exemple la terrasse de la Neue Nationalgalerie de Berlin (Le Canard de Beaugrenelle, 2008). L'allée principale du château de Oiron couverte de gravats recyclés issus de la démolition d'une tour d'Issy-les-Moulineaux, obligeant le visiteur à marcher sur les ruines de l'utopie moderniste pour accéder à un chef d'œuvre du patrimoine (La grande allée du château de Oiron, 2008). Un obélisque de 15 tonnes en béton recyclé après la démolition d'un immeuble de logements sociaux de Glasgow (Cenotaph to 12 Riverford Road, Pollokshaw, Glasgow, 2008). Ou récemment, à La Haye, l'excavation d'un bunker de la Seconde Guerre mondiale enfoui et oublié sous une dune de sable, faisant resurgir, comme l'imaginait Paul VIRILIO dans Bunker Archéologie, un monolithe brutaliste de béton en même temps que la mémoire oubliée de la ville (Dunepark, 2009).

http://www.admagazine.fr/art/articles/cyprien-gaillard-decryptage-d-un-succes/9792 http://www.admagazine.fr/art/articles/cyprien-gaillard-decryptage-d-un-succes/9792
http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr/2011/09/23/le-mede-sourit-cyprien-gaillard/ http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr/2011/09/23/le-mede-sourit-cyprien-gaillard/



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