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Rédigé par delphine riehl

Le caresseur public



"Aimer : c'est prendre soin de la solitude de l'autre, sans jamais prétendre la combler ni même la connaître !"
(Christian Bobin)


Le caresseur public
En allant vers le Palais des papes, certains ont pu assister à un spectacle déroutant : un être masqué, timide, assis sur une chaise rouge, attend. Son visage blanc asymétrique est ouvert de larges yeux, sourcils tombants. Son nez est long et fin, sa petite bouche pincée. Il est vêtu d'un costume noir, ses mains sont gantées de rouge. A côté, une ardoise où l'on peut lire: "caresseur public".

Alors je m'assois et j'observe. Après quelques minutes, une jeune fille s'approche, il se lève doucement et la prie délicatement de se rasseoir. Alors, que veut-il ? Moi, je ne bouge pas, captivé par le calme, je note le cadre splendide, place de la Mirande où résonne une musique orientale. Ses mains rouges sont posées sur ses genoux, il n'a pas l'air de s'ennuyer.
Il regarde ceux qui s'arrêtent intrigués. Puis il se lève et s'avance vers quelqu'un, qui va-t-il caresser ?

Le caresseur public
Il demande avec les yeux à une douce jeune fille qui le dévisageait depuis longtemps, elle n'ose pas bouger. Ca dure longtemps comme une rencontre. On a l'impression qu'ils se reconnaissent, il la prend dans ses bras. Ses caresses sont tendres. Comment savait-il qu'elle avait besoin de son câlin ?
Leur étreinte s'arrête, le caresseur se rassoit toujours aussi énigmatique. La jeune femme semble regretter l'échange qu'ils ont eu, gênée par notre regard de public.

Quelques instants plus tard, l'individu étrange renouvelle sa démarche vers la foule, cette foule curieuse et en manque d'affection. Il décide d'interpeller du regard un couple sceptique mal à l'aise, fixe la jeune femme puis l'homme apparemment contre l'idée d'être touché par cet inconnu. Il lui caresse pourtant délicatement le visage et semble le charmer avec une extrême douceur. L'homme accepte et demande une étreinte au caresseur.
Les impressions que me donne cette scène sont paradoxales: l'idée d'un contact physique rapproché avec un inconnu est très logiquement repoussante, mais l'état extatique des caressés fait envie.
La démarche de ce comédien est interpellante, on aimerait discuter avec lui, savoir quel est son vrai visage, quelles sont ses motivations.

Le caresseur public
Cet homme aux gants rouges et au masque blanc a su installer dans le quotidien de la ville quelque chose de mystérieux, de tabou, d’impossible à imaginer en dehors du théâtre : le véritable contact.

Le silence du comédien devient alors la caresse du vent, le temps de la ville s’efface, le regard des gens ne compte plus. Et pour la jeune femme qu’il a enlacée, cette étreinte n’a plus d’autre durée que celle, étroite et infinie, d’un abandon momentané et éternel.

Alors on entend, quelque part au fond de son subconscient, la musique et les paroles de la chanson « Mon amant de Saint-Jean »…

Il recherche de la douceur. Accordez-lui un peu de temps ; c’est déjà un partage... S’il vous a choisi, c’est que vous lui avez apporté quelque chose. En échange, il vous offrira sa chaleur.

Au pied de l'église St-Loup, il intriguait, il dérangeait.
Souvent, il mettait mal à l'aise... le caresseur public...

Le visage dissimulé sous un étrange masque blanc, au sourire tristement figé, l'homme seul est assis sur une chaise et attend. Une ardoise d'écolier le qualifie : caresseur public.
Le caresseur attend, il ne bouge pas.

Mise en scène : M. ESSSE - Créateur du masque : Francis Debeyre (Lille).
Mise en scène : M. ESSSE - Créateur du masque : Francis Debeyre (Lille).
Le Bouchon d’argent, accompagné d’un chèque d’encouragement de 5 000 francs (762,25 euros), est revenu au Caresseur public, ce personnage mystérieux installé sur une chaise au beau milieu du jardin public. Silencieux, il observe les gens autour de lui. Longuement. Se lève. Lentement. S’avance vers une personne, et doucement, tout doucement, lui effleure la main de son gant rouge. Repart. Ou s’attarde. La caresse se précise, atteint le visage. Devient une suave étreinte. S’intensifie.

«C’est un contact très fort. Certaines personnes fondent en larmes dans mes bras, parfois pendant plusieurs minutes. Je sens tout de suite que beaucoup sont en manque d’affection».

Le visage des caressés, illuminé d’une intense émotion, est éloquent.

Mise en scène : M. ESSSE - Créateur du masque : Francis Debeyre (Lille).
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