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Rédigé par delphine riehl

Lézards de la rue…



La première ébauche de ce spectacle présentée en janvier 2003 a laissé entrevoir un moment rare et magique pour cette future création.
Les spectateurs qui ont assisté à ces quelques minutes de pur bonheur, totalement ébahis et émerveillés, ne demandaient que de pouvoir partager cette suite...


L'Oratorio d'Aurélia, c'est le monde à l’envers...

Tout commence par une voix. Le téléphone sonne, une voix lointaine et masculine s'inquiète. Celle que laisse un homme sur un répondeur, bienveillant mais inquiet de ne pas avoir de nouvelles d’une jeune femme depuis plusieurs jours. Entourée de lourds rideaux rouges, trône une bonne vieille commode. Personne à l’horizon, si ce n’est cette vieille commode.
D'autant plus insolite que d'un tiroir à l'autre, entre linge et lingerie, apparaissent dans un bel effet de dislocation des jambes, des bras, une tête... Ainsi, sur la tendre musique du vieux tube (1948) d'Eden Abba: 'There was a boy, a very strange and charming boy', surgit Aurélia Thierrée, créature de rêve.
Rêve dans lequel rien n'est à sa place ni ne reste en place, où tout est sens dessus dessous, où Piazzolla voisine avec Martyn Jacques, où s'insinuent de troubles cauchemars, où tout naturellement on s'assoit sur une chaise suspendue à l'envers, et non moins naturellement, un homme traverse la scène en marchant, mais par terre, couché sur le côté. Sans oublier... Mais ce serait dommage d'en dévoiler davantage... mais j'en ai tellement envie !

Alors... cachée dans une commode, Aurélia s’est-elle volontairement exclue du monde ?
Se retire-t-elle des autres pour se trouver elle-même ?
Solitaire mais pas seule.

Le repli sur soi ouvre d’autres horizons. Celui qui s’offre à elle anime les objets et disloque les corps et offre une âme aux objets.

Aurélia est tombée sur la tête et c’est le monde à l’envers.
Les rideaux se désirent, les marionnettes manipulent et ce n’est pas le temps mais l’être lui-même qui file dans un sablier...

C’est le monde à l’envers.

De fantasmes en rêveries, Aurélia Thierrée déploie un univers baroque aux effets visuels saisissants qui n’est pas sans rappeler celui de son frère James ('La Symphonie du hanneton', 'La Veillée des abysses').

Teintées d’humour et de nostalgie, les prouesses échappent à toute logique, si ce n’est celle de l’imaginaire.

Car l'oratorio d’Aurélia prouve qu’il n’y a pas plus cohérent qu’un songe.

Lézards de la rue…
Fille de, soeur de, petite-fille de…
(Fille de Jean-Baptiste Thierrée et de Victoria Thierrée Chaplin)
Aurélia a l’habitude des références permanentes à son illustre filiation et ne s’en offusque pas. D’autant que chez Thierrée-Chaplin, la scène est une histoire de famille. Elle n’a pas trois ans, que ses petites gambettes sortent déjà d’une valise dans le Cirque Imaginaire de ses parents, Victoria et Jean-Baptiste Thierrée.
"L’étude le matin et le spectacle le soir, c’était notre vie de tous les jours, confie-t-elle. La scène faisait aussi partie de notre manière de communiquer. Cela m’a donné une discipline mais je ne l’envisageais pas comme un travail.". À 14 ans, c’est la révolution. Aurélia rêve d’habiter une vraie maison et veut aller à l’école. Déjà le monde à l’envers. Elle quitte le cirque familial, s’exile à New York, change radicalement de monde et s’engage dans l’humanitaire pour y pour servir dans une soupe populaire. Puis travaille en coulisses et devient l’assistante d’une actrice : "C’était fascinant d’observer son travail sur le texte. Chaque mot, chaque intonation…"

Comme si la scène se laissait oublier ! Elle tourne autour et y monte. Pour des lectures (Maison de poupée) pour des spectacles, retrouve en 1996 sa mère qui la dirige dans un solo, a travaillé à Broadway, à Paris à la Ménagerie de verre (1998), à Berlin au Wintergarten (2004). Entre-temps, elle tourne avec le Tiger Lillies Circus, et au cinéma. Avec Milos Forman : Larry Flint (1996), Le Fantôme de Goya (2005), avec Coline Serreau : La Belle Verte (1994), ou Amos Kolleck, Fast Food, Fast Women (1999)...

Entre autres, car elle semble ne jamais se reposer.


L’envie de la création, l’attrait pour la fabrication. Aurélia tourne autour du pot. Et se rend à l’évidence : les feux de la rampe et l’odeur des planches lui manquent. Après avoir rejoint ses parents le temps d’une tournée, Aurélia met au point deux numéros de cabaret qui intègrent le Tiger Lillies Circus. Ces deux séquences sont à l’origine de L’Oratorio d’Aurélia, mis en scène par sa mère Victoria : "J’ai d’abord été portée par notre désir de continuer à travailler ensemble, puis par celui des autres. Le spectacle s’est créé petit à petit, étape par étape."

Comédienne touche à tout, Aurélia avoue volontiers ne pas avoir suivi de formation particulière, si ce n’est l’entretien du trapèze, pour "la base plus que pour les prouesses" ! Des prouesses pourtant, cet oratorio n’en manque pas.
À commencer par les effets visuels saisissants que n’aurait pas reniés Houdin. Cousin d’un Philippe Gentil pour les manipulations et d’un Méliès pour la magie du bricolage, le spectacle déploie un savoir-faire indéniable. Astucieux autant qu’artisanal. Victoria imagine, bidouille et transforme, Aurélia exécute, affine et s’approprie. "Je suis certainement inspirée par elle" explique-telle elle-même.
Outre le Cirque Imaginaire (rebaptisé Cirque Invisible) créé par son mari Jean-Baptiste Thierrée, Victoria collabore aussi étroitement aux spectacles de leur fils James (La Symphonie du hanneton, présentée au Théâtre de la Ville en 2001 puis La Veillée des abysses en 2003 (yes!, j'y étais)). Créer en famille, cauchemar ou bénédiction ? "Disons… une bénédiction cauchemardesque ! " s’amuse-t- elle.

" On peut manquer de recul, mais on y gagne la connaissance de l’autre. Et Aurélia est une « matière » que je connais bien ! Notre méthode de travail, telle que me l’a apprise Jean-Baptiste, est toujours la même : on part du visuel. Le sens ne vient qu’au moment de la construction. En faisant. En revoyant le spectacle, il m’arrive encore d’y découvrir des choses. C’était là mais je ne le voyais pas ! "

Affranchi de toute lourdeur explicative, chaque spectateur peut y voir midi à quatorze heures. D’aucuns parleront de mort et de solitude quand d’autres évoqueront l’envol et la vie. Tous, en revanche, y goûteront l’incroyable puissance évocatrice d’un univers singulier...
Cirque dansé ? Théâtre visuel ? Rêve éveillé ? De la dislocation du corps à l’inerte qui s’anime, c’est l’imagination insolite qui pointe le bout de son nez. Tapie derrière un rideau comme aux tréfonds de nos âmes. Car peut-être ne s’agit-il que de cela. De nos peurs et de nos rêves. Ceux qui échappent à toute logique et dont l’incohérence déstabilise. Mais le propre du rêve n’est-il pas d’exclure le rationnel ? On s’en doutait, l'oratorio d’Aurélia le prouve. Il n’y a pas plus cohérent qu’un songe.

"J’ai tant rêvé de toi qu’il n’est plus temps
Sans doute que je m’éveille.
Je dors debout, le corps exposé
À toutes les apparences de la vie."

Lézards de la rue…
Elle se joue de tout ce qui l’entoure. Se suspend dans les airs et fait ainsi vaciller un monde de théâtre. Se recroqueville au sein d’une commode, défie alors les lois des articulations. S’étonne de voir passer un train électrique au travers de son corps… Cet oratorio païen, échappée visuelle d’un lyrisme hallucinatoire, nous mène vers des panoramas irréels. Des mirages qui font rêver et sourire. Car il y a beaucoup d’humour dans les tableaux utopiques que Victoria Thierrée-Chaplin a créés et mis en scène pour sa fille, Aurélia Thierrée.

Beaucoup d’humour et l’éclat d’une douce folie…

Victoria Thierrée Chaplin...
Quatrième fille de Charlie Chaplin et Oona O'Neill, Victoria Chaplin se lance elle aussi dans le cinéma avec 'La Comtesse de Hong Kong', film réalisé par son père en 1967. Mais la carrière ne trouve réellement sa voie que lorsque l'actrice trouve l'amour : la rencontre en 1970 avec son époux Jean-Baptiste Thiérrée marque le début d'une nouvelle vie pour Victoria.
Ils créent ensemble le Cirque bonjour, puis le Cirque imaginaire, qui devient par la suite le Cirque invisible. Leurs spectacles sont acclamés en France dans les années 1970 et le couple est couvert de gloire avant de tomber dans l'oubli. Le duo s'en va donc se produire dans d'autres pays, notamment en Italie.

Le cadeau d'une mère pour sa fille
Alors que leur fils James débute enfant dans le Cirque bonjour, Victoria Chaplin lance également sa fille Aurélia sur les planches en créant pour elle 'L'ontario d'Aurélia' en 2003.
Victoria Chaplin met alors en oeuvre ses talents de metteur en scène et s'occupe tout à la fois de la mise en scène, du décor, du son, des costumes et de la chorégraphie. En 2007, Victoria Chaplin est de retour sur les planches françaises avec son partenaire de vie et de scène. Seuls sur scène, ils basent leur spectacle sur la prestidigitation, la magie et surtout la métamorphose. Changeant de rôles et de costumes, ils interprètent à eux deux plusieurs personnages et se font les maîtres de l'illusion. Fille du grand Charlie, mère de James Thiérée - acteur, danseur et chorégraphe - Victoria Chaplin a reçu la passion du spectacle et a su la transmettre tout en cultivant un monde burlesque et onirique avec son mari.

Victoria Chaplin a remporté le prix SACD des Arts du cirque avec son mari en 2002 et le Molière de la costumière en 2006.

Lézards de la rue…
Une histoire de famille
Victoria Thierrée Chaplin a donc écrit cet oratorio pour Aurélia, en a signé la mise en scène, la chorégraphie et les costumes.
Un présent chargé de toute l’expérience du Cirque Bonjour, qu’elle avait donc crée dans les années 70 avec son mari, et de sa prolongation scénique lorsqu’il devint le Cirque Imaginaire puis le Cirque Invisible. Là, quatre artistes – le père, Jean-Baptiste, la mère, Victoria, James et Aurélia, les enfants –, font bouger les corps et les objets. Une histoire de famille.

Depuis, James vogue avec sa Symphonie du hanneton et sa Veillée des abysses, raflant les Molières.
Aurélia, elle, dans une forme plus petite, se livre aussi aux caprices des choses – à moins que ce ne soient les choses qui se livrent aux siens.
Ses rêves se matérialisent, les objets se révoltent, s’éprennent d’elle, prennent vie autour d’elle, s’emparent de la femme comme dans une chimère devenue vie. Baroque, poétique et chorégraphique, jamais le spectaculaire n’aura si bien pris vie sous nos yeux.

Victoria Chaplin a créé pour sa fille, Aurélia Thierrée, un spectacle magique et merveilleux mais surtout spectaculaire.
Sans parole, il est composé d'une suite de scènes imaginaires, poétiques et oniriques dans lesquelles une jeune fille se trouve aux prises avec toutes sortes de rêveries, de fantasmes et d'aventures irréelles, dont la réussite dépend selon certains d'un déploiement de gros moyens scéniques correspondant davantage à un show hollywoodien (séquences qui s'appuient sur une lourde infrastructure à grand spectacle disent les mauvaises langues : décor somptueux, tissus rutilants, machinerie démesurée) qu'à un spectacle d'obédience circassienne. Les prestations "humaines" de qualité, sont liées par ailleurs à la participation du danseur Julio Monge.
Mais après tout et quoi que certains diront, on ne se suspend pas 7m du sol à un vulgaire bout de tissu non plus, alors qu'importe... moi j'ai été subjuguée et pendant plus d'une heure j'ai été littéralement "transportée" !!!


Ici et là pourtant, tout n'est illusion et Aurélia Thierrée exécute avant tout ces numéros avec une rigueur professionnelle qu'il faut louer même s'il manque un tout petit 'peu' de ce petit supplément d'âme qui colorait "La symphonie du hanneton" plus modeste et tellement magique.



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