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Rédigé par delphine riehl

étoile filante...





Londres, 1818. Un jeune poète anglais de 23 ans, john keats, et sa voisine fanny brawne entament une liaison amoureuse secrète.
Pourtant, les premiers contacts entre les deux jeunes gens sont assez froids.
john trouve que fanny est une jeune fille élégante mais trop effrontée, et elle-même n'est pas du tout impressionnée par la littérature...

C'est la maladie du jeune frère de John qui va les rapprocher. Keats est touché par les efforts que déploie fanny pour les aider, et il accepte de lui enseigner la poésie.
Lorsque la mère de fanny et le meilleur ami de keats, brown, réalisent l'attachement que se portent les deux jeunes gens, il est trop tard pour les arrêter. Emportés par l'intensité de leurs sentiments, les deux amoureux sont irrémédiablement liés et découvrent sensations et sentiments inconnus.

'j'ai l'impression de me dissoudre', écrira keats. Ensemble, ils partagent chaque jour davantage une obsédante passion romantique qui résiste aux obstacles de plus en plus nombreux. La maladie de keats va pourtant tout remettre en cause...

Le cinéma français a peur des poètes. Il leur préfère les artistes, de modigliani rêvé par gérard philipe dans 'montparnasse 19', le film de becker, au vanGogh incarné par jacques dutronc dans le chef-d'œuvre de pialat.

Mais le poète, selon le mot de victor hugo, 'est un monde enfermé dans un homme' : la caméra, fût-elle chirurgicale, ne peut y pénétrer. Quand parfois elle s'y risque, c'est pour en rapporter des clichés. L'œuvre est réduite à une vie comme une sauce à feu trop vif : elle sent le brûlé.
Pensez au françois villon joué par reggiani dans le film de zwoboda, dont il ne reste que l'image d'un brigand kitsch au musset des enfants du siècle de diane kurys
Et mieux vaut oublier le rimbaud verlaine d'agnieszka holland, avec léonard diCaprio, où il est question de tout, à commencer par le sexe, sauf de poésie.
Heureusement, nul réalisateur n'a encore osé toucher à baudelaire ou à lautréamont.
(le monde)

bright star, de la néo-zélandaise jane campion, portrait de john keats amoureux, tient du miracle. Tout en ellipses, litotes, soupirs, effleurements et frémissements, le film est somptueux. Il évite le romantisme niais auquel l'auteur d'endymion, mort à 25 ans de tuberculose, pouvait se prêter, et il donne à entendre, à voir, à lire, à traduire les vers de keats jusque dans leur innocente pureté.

Au contraire de tous ces fichus biopics mondialisés, dont l'industrie du cinéma nous accable chaque semaine, bright star est un film sur le désir, la passion, le rêve d'absolu que seuls, au début du XIXe siècle, les vers et les rimes peuvent exprimer. En somme, dix-sept ans après 'la leçon de piano', jane campion nous donne une magnifique leçon de poésie...

Au montage, il y avait un ange à sa table.


étoile filante...
Soignant chaque image comme le merveilleux poète anglais ciselait chacun de ses vers, organisant son propos 'strophe par strophe', jane campion nous raconte comment le jeune poète anglais de 23 ans, john keats, et sa voisine fanny brawne entament une liaison amoureuse secrète, un amour qui ne se construit pas sans souffrance...

john trouve que fanny est une jeune fille élégante mais trop effrontée, et elle-même n'est pas du tout impressionnée par la littérature. C'est la maladie du jeune frère de john qui va les rapprocher. Mais, heureusement, keats est touché par les efforts que déploie fanny pour les aider, et il accepte de lui enseigner la poésie. Jusqu'à ce que john keats, à son tour, soit frappé par la maladie...

C'est un ami de keats, joseph severn, qui se charge d'informer celle pour qui le poète s'est littéralement embrasé, fanny brawne. 'il est parti... il est mort si paisiblement.. il semblait dormir'.

La vie morte... il a écrit là-dessus, c'est la mélancolie keatsienne, le sentiment du temps qui coule accouplé à l'intuition de la tragédie...

'et parfois, telle une glaneuse, toute droite tu tiens
ta tête sous la gerbe en passant le ruisseau
où patiente, tu surveilles, près d'un pressoir à cidre,
les derniers jus d'heure en heure qui suintent'.


Ce n'est pas seulement la passion romantique qui unit, envers et contre tout et 'tous' les deux jeunes amants que nous relate jane campion. Et john keats, magistralement interprété par ben whishaw n'est pas son unique sujet.

Car, une nouvelle fois dans le monde selon jane campion, une femme est dans sa belle lumière : fanny, campée par une incandescente.

Un personnage féminin que jane campion décrit ainsi : 'la retenue de la narration reflète la réserve qu’observe fanny dans son existence ; elle fait écho à cette attitude passive d’une jeune femme de son époque attendant son destin, qui se consacre uniquement à sa vie familiale, à son obsession de la couture, et a des activités très réduites sous la surveillance d’un chaperon.

Et pourtant, s’élevant contre toutes ces restrictions, sa passion obstinée pour john keats s’exprime dans les notes qu’elle laisse sous son oreiller, ou dans sa façon de se présenter à sa fenêtre lorsqu’il tombe malade, et les actes de cette jeune fille sont d’autant plus remarquables'.




En deux siècles, le terme "romantique" a eu le temps de se charger de contresens, qui l'ont ridiculisé ou neutralisé. Dans bright star, il y a un poète phtisique, un amour contrarié et des fleurs, des champs de fleurs même. Le film rend à ces clichés leur dignité d'images poétiques, leur force dramatique, leur sensualité, leur violence...

ses personnages de prédilection sont des femmes qui mettent leur passion ou leur désir au-dessus de la raison et des convenances. fanny brawne (abbie cornish) est de cette trempe. La figure de cette jeune femme de la petite-bourgeoisie londonienne domine tout le film, quel que soit le charme fébrile de ben whishaw (spécialiste du génie poétique, il fut l'un des bob dylan de I'm not there), qui incarne keats.

jane campion la pare de tous les attributs de l'amour romantique : l'impossibilité, la communion avec la nature, l'inachèvement, mais fanny brawne n'en reste pas moins une femme qui ne laisse à personne, ni à sa mère ni à son amant, la maîtrise de son destin...



Bright Star s'ouvre sur quelques très gros plans d'une aiguille qui transperce une étoffe. La texture est si précisément rendue (tout au long du film, le jeune chef opérateur greig fraser trouve les lumières et les cadres nécessaires à la résurrection des émotions évoquées plus haut) que la métaphore s'impose avant même qu'elle soit énoncée.

Comme l'étoffe qu'elle brode, le coeur de fanny brawne sera transpercé. Pourtant la jeune fille n'a rien d'une créature sujette aux transports amoureux. La formidable actrice australienne abbie cornish fait une parfaite londonienne, fière de ses talents de couturière, fascinée, de son propre aveu, par les caprices de la mode, qu'elle suit et anticipe. Les ravages que fait sur elle la passion amoureuse sont d'autant plus impressionnants que la jeune actrice ne laisse aucun doute sur la force intellectuelle, physique, de son personnage.

Près de la maison où fanny vit avec sa mère, son frère et sa soeur, à hampstead - faubourg de londres encore entouré de champs et de bois - s'installent deux jeunes poètes, john keats et son ami écossais charles armitage brown. Ce dernier est un grossier personnage qui ne se rachète que par sa dévotion au jeune poète, bientôt atteint de la tuberculose qui a emporté son jeune frère.

keats et fanny brawne tombent donc amoureux l'un de l'autre. Tout au long du film, l'amitié exclusive que témoigne l'écossais à keats fait un contre-chant à l'amour entre le poète et fanny. Leur passion est contrariée d'abord par la pauvreté du jeune homme, puis par sa maladie.

Pourtant, la tragédie que vit la jeune fille vaut bien celle de juliette. Les amants (qui ne feront jamais plus que s'embrasser chastement) arrachent quelques moments de félicité. C'est ici que jane campion convoque toutes les divinités sylvestres d'angleterre pour filmer des champs couverts de fleurs, tantôt violets tantô dans les tons de jaune, des bois vert tendre dans lesquels se promènent les deux jeunes gens.

Lors de la projection du film à Cannes, en mai 2009, ces séquences ont été accueillies avec beaucoup de scepticisme (surtout par les français mais les anglophones, peut-être grâce à leur familiarité avec l'oeuvre de keats, ont cédé plus facilement à ces beautés bucoliques). Il faut se laisser aller à partager l'émerveillement de john et fanny. Ainsi, on partagera mieux la tragédie finale qui convoque tous ces fantômes (la tuberculose, la mort que l'on attrape en marchant sous la pluie), qui ont fait d'abord les chefs-d'oeuvre puis la littérature de gare, et leur rend leur cruauté.

Les vers qui ouvrent endymion, composés par keats lors d'un voyage sur l'île de wight, se sont imposés :

'tout objet de beauté est une joie qui demeure
Son charme croît sans cesse, et jamais
Ne sombrera dans le néant.'


jane campion signe un film sublime et subtil... magnifique histoire d'amour interprétée avec une magnificence sans nom par abbie cornish et ben whishaw encore une fois parfait après sa performance dans le Parfum.

Un amour porté par la poésie et une finesse des dialogues et du scénario... jane campion amène son film à une esthétique visuelle incomparable qui montre l'immense sensibilité de la réalisatrice (comme dans 'la leçon de piano' !) .

jane campion reflète dans cet amour impossible toute la beauté des poèmes de john keats et toute la splendeur de la poésie en générale. un hymne à la poésie et aux XVIIème siècle.

Avec bright star, la réalisatrice revient au zénith de son cinéma, du cousu main avec la délicatesse, la précision et la justesse qu'on lui connait. Belle histoire, certes, que celle de l'amour pur mais qui ne serait rien, ou presque, sans la transcendance de la mise en scène. Fluide, maîtrisant les ellipses avec brio, sensible au paysage intérieur (de ses personnages, les seconds rôles n'en sont pas) et extérieur (le passage des saisons), capable de montrer de la beauté (papillons voletant dans une pièce, rideau gonflé par le vent...) sans faire d'esthétisme : la leçon d'une cinéaste au plus fort de sa maturité.
jane campion tisse les liens d'un chaste amour comme son héroïne brode des fils de soi(e). La couturière et le poète, deux âmes unies pour un brève embellie, éphémère comme la vie d'un papillon.

Un chef d’œuvre !
(sortie en salle le 6 janvier 2010)



Une excellente biographie de keats est parue aux éditions aden : 'John Keats, Les terres perdues', (christian la cassagnère)

étoile filante...
l'épitaphe est de son génie :

'Ici repose celui dont le nom était écrit sur l'eau.'



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