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Rédigé par Delphine Riehl

gnosis



akram khan


retour aux sources pour le danseur-chorégraphe akram khan, avec son opus 'gnosis' en deux parties, solo accompagné de cinq musiciens pour la première et un duo prodigieux en seconde partie avec la percussionniste japonaise yoshie sunahata, une des musiciennes de la première partie mais aussi danseuse et chanteuse.

dans 'gnosis', akram khan reprend pied, comme il le fait régulièrement, dans la tradition qui l’a vu grandir... le kathak
(voir aussi le post ci dessous, 'vertical road').
cette danse classique du nord-ouest de l’Inde est caractérisée par une virtuosité cinglante... l’attaque vive du mouvement se résout en ondulations suspendues, les pirouettes rapides en blocages nets.
néanmoins khan aime se replonger dans l'ailleurs du kathak, une danse classique du nord de l'inde où le mouvement pur alterne avec le narratif.

axé sur le rythme, engageant tout le corps jusqu'à la gestuelle des mains et poignets, osant la pause statuaire, le kathak exige beaucoup.


gnosis
'voir' à travers l'obscurité... être aveuglé par la lumière

une opposition entre hier et aujourd'hui, la tradition et une certaine modernité. akram khan a beau convoquer sur le plateau dieux et déesses hindous - il s'inspire pour 'gnosis' de la reine gandari du mahabharata qui rejoint les ténèbres et qui choisit pour suivre son mari aveugle de devenir aveugle par amour - il ne perd jamais l'occasion de relier la tradition au monde contemporain.

un rectangle de lumière blafarde pour une page d'écriture en noir sur fond blanc.

la violence parfois des gestes lacère l'espace pendant que le visage d'akram khan se défigure à force de trembler.

au cœur de 'gnosis', akram khan a posé les thèmes de l’aveuglement, de l’obscurité, de la difficulté à avoir une vision claire de la vie, incarnés par une kyrielle de figures héroïques propres à la mythologie indienne... vélocité, puissance et poésie... un fascinant voyage !


pour la petite histoire...
c'est d'ailleurs dans la production du mahabharata de peter brook qu'akram khan s'imposa comme professionnel, en 1988, à l'âge de 14 ans.

de ces spectacles où vous réalisez subitement que vous oubliez de respirer... involontaire record d'apnée, pas de suspens d'intrigue comme dans un film, mais sens en suspens... tout en soi suspendu à ces instants.

mélange de puissance et de douceur énergique, de stabilité au sol et de délicatesse.
une femme aveugle, un homme, un bâton... une voix qui chuchote par moments... et la musique toujours.
mouvements à deux, en phase, dissociés... une autre émotion (comparée à la première partie), plus souterraine.

et de nouveau la grâce s'empare de l'instant quand akram khan se met à tourner sur lui-même... à tourner autour de cette femme au centre.
derviche dont l'élan s'interrompt sur une chute au sol... abandon maîtrisé
... l'immobilité après l'ivresse.

et puis, d'autres moments de suspension, comme ce tableau où le danseur tremble.
secousses vigoureuses... tremble, tremble, tremble jusqu'à devenir une corde de musique... diapason vibreur
... un corps en cordes.

yoshie sunahata : c’est autour d’elle, en effet, que tourne la représentation, et c’est elle, plus que khan, qui crée l’ambiance majestueuse et rituelle requise par l’histoire racontée - la cécité volontaire à laquelle s’est soumise la reine ghandari, personnage de l’épopée hindoue mahabharata...

... ayant quitté ses tambours taiko (première partie), sa présence sur scène est d’une profondeur exceptionnelle...

ses capacités vocales et ses mouvements remplis de sens, rappelant parfois des cérémonies sacrées japonaises.



on apprécie ce spectacle pour le message qu’il semble transmettre : utiliser le corps et la danse, dans la musique, pour communiquer un sens spirituel, même en racontant les histoires qui recèlent ce sens, ce n’est pas une affaire obsolète ni locale, mais moderne et globale.

sur scène, akram khan alterne ses prises, calligraphies de l'espace... saccadées, arrondies, volubiles, accélérations suivies d'arrêts brusques, traversées de plateau, suspension de mouvements, vitesse... ralentissement.

...une chorégraphie de ruptures, de contrastes où l'harmonie s'attise de ces oppositions.

tout né dans le silence, l’atmosphère sacrée, solennelle.
sa danse transmet toute la sagesse de sa tradition, et le passé semble éternel...

et ça repart...
bras, doigts, visage...
tout de lui participe...
en grâce, en puissance...

le rythme embrase l'air et c'est dans mon corps que les percussions lui répondent...
contre ma peau qu'elles battent leur cadence...
dans mon sang !


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