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Rédigé par Delphine Riehl

l'illusioniste




mais la gloire d'eisenheim (edward norton) est intolérable au prince héritier leopold (rufus sewell), dont la popularité décroît à mesure que grandit celle de ce showman consommé dont nul n'a jamais su percer les secrets. Rationaliste convaincu, avide de pouvoir, le prince a une raison supplémentaire de jalouser eisenheim : ce dernier fut le grand amour de jeunesse de sa fiancée, la belle sophie von teschen (jessica biel), qui nourrit encore pour lui de très tendres sentiments.

décidé à écarter ce rival, leopold charge son homme de confiance, l'inspecteur uhl, d'enquêter sur l'Illusionniste et de dévoiler ses impostures.

une partie serrée s'engage entre les deux hommes, aux frontières de la magie et de la raison, de l'amour et de la dévotion, du pouvoir et de la corruption... et ses résultats prendront de court tous les protagonistes…

moins complexe que 'le prestige' sorti la même année (2006), le film aborde également le thème de la magie à la fin du 19. siècle, mais joue sur l’aspect du conte romantique, et flirte avec le fantastique de manière très réjouissante.

l’illusionniste s’inspire d’une nouvelle de l’américain steven millhauser publiée en 1990.

neil burger l’a étoffé avec une bonne dose de romanesque et en y ajoutant une dimension émotionnelle au travers de nouveaux personnages, tels que sophie ou le prince héritier.

raconté du point de vue de l’inspecteur (incarné par l’impeccable paul giamatti), le film lui-même est un tour de magie, et comme l’inspecteur, le spectateur cherche à élucider l’énigme de ce magicien qui semble posséder des pouvoirs surnaturels.

jeu entre réalité et apparences, mysticisme et science, l’illusionniste, relevé par une belle partition de philip glass, est aussi une grande histoire d’amour, porté par un edward norton intense et plus ténébreux que jamais.

photographie : Dick Pope

... dès le générique la couleur est annoncée : sépia

cette couleur si particulière aux vieilles photos, due à une chimie instable et qui leur donne un charme inimitable, est ici utilisée consciemment pour inviter à s’imprégner de l’époque des faits. Mais d’emblée, dès le générique, elle fait figure de parodie : enchaînement en fondu d’images fixes 'sépia' croquant la ville de vienne derrière un voile de fumée insaisissable.

ces images troubles sont-elles réelles ou ne sont-elles qu’illusion ?
le film commence en plongée fixe sur le magicien, assis seul sur une chaise au milieu de la scène, immobile et concentré, visiblement en plein effort d’illusion.

soudain, la tension est palpable... une salle entière (ou plutôt deux) retient son souffle, dupée, bluffée, émerveillée par les prouesses inexplicables dont est capable cet homme. Les viennois sont fascinés par ce qu’ils voient, par ces 'choses' que fait apparaître eisenheim et peu leur importe d’en avoir une explication rationnelle, ils croient en leur existence tangible. Ils veulent y croire.

...mais ça commence mal pour l’illusionniste qui est bientôt mis en état d’arrestation par les gardes impériaux sur ordre de l’inspecteur uhl.

***

tout commence comme dans un conte, du genre 'il était une fois deux jeunes gens que tout séparait et qui s'aimaient d'un amour sans limite'.

... ouverture surprenante qui assume sa naïveté et fonctionne à la manière d'un boniment. L'enfance et l'adolescence du magicien eisenheim nous sont ainsi montrées non comme une réalité mais selon un récit teinté de mystère et d'incertain, et d'ailleurs narré à la troisième personne. Avec pour seule certitude les sentiments qui unissent deux êtres déchirés par leurs conditions, un fils de charpentier bien moins illustre que son divin prédécesseur et une jeune aristocrate vouée aux plus hautes fonctions.

baignant dans une lumière diaphane, l'image semble comme prise dans les nuées de la mémoire, celles où se confondent croyance et vérité. L'époque, la fin du 19., et les ouvertures et fermetures à l'iris nous ramènent au temps du muet. Comme si, à la naïveté du récit et à la crédulité qu'il sollicite, ne pouvaient répondre que l'enfance de l'art et les prémices d'un cinéma attaché à la seule distraction.

si sur cette longue ouverture plane un parfum d'innocence, de la suite s'échappe une impression plus trouble et violente... einsenheim, devenu illusionniste de renom, arrive à vienne après avoir fait preuve de son immense talent à travers toute l'europe...
alors que le petit peuple et le bourgeois se bousculent pour voir ses tours, le hasard l'amène à retrouver sur scène celle dont il fut l'amant. Mais voilà que s'érigent de nouveau les interdits sociaux, la belle sophie étant promise au mariage avec le prince léopold en vue de rapprocher l'autriche et la hongrie. ...et les deux hommes deviennent dès lors ennemis mortels.

où l'on voit que la passion continue à faire son chemin, conservant au film sa part d'enfance. ... ce qui ne l'empêche pas de devenir de plus en plus sombre et tragique au fur et à mesure que l'opposition entre le prince et l'homme de l'art prend de l'ampleur.
de l'innocence à la cruauté il n'y a qu'un pas que neil burger franchit avec élégance...

à l'image du personnage incarné par edward norton, l'œuvre se fait de plus en plus sombre et opaque. on bifurque sans presque s'en apercevoir vers l'univers du thriller. La mort fait son travail, les défunts sortent de leur silence et la police enquête en la personne de l'inspecteur uhl... l'ambiance devient fantastique, tout en restant à la lisière du rationnel.

là réside le charme de cet illusionniste... au-delà du talent de ses interprètes, quatuor pris dans les tourments des émotions, le film reste dans cette zone frontière qui sépare la réalité de la perception. ainsi si les numéros qu'il donne à voir sont tous inspirés de tours réels, en particulier de ceux du français robert-houdin, leur représentation s'éloigne du réel et du naturalisme pour saisir leur puissance poétique.

autrement dit, ce qui compte ici est moins la réalité que la perception de cette réalité, les vérités subjectives et les émotions qui s'y jouent. Importent surtout les noirs sentiments qui guident les protagonistes du drame.

car au final, c'est bien d'un drame dont il s'agit, une tragédie aux résonances ambiguës... et même si, comme dans tout bon tour qui se respecte, les apparences ne sont pas ce qu'elles semblent être et la facture reste simple et classique, le trouble s'invite dans la ronde.

la conclusion, pour explicative qu'elle est, ne ferme pas les portes de l'imagination. Le charme de l'indécidable persiste malgré la rationalité du récit...

avec, au milieu des fantasmagories et des fantômes, une vérité : l'amour qui lie deux êtres par delà les barrières physiques ou morales ...



... et au milieu de tout ça, mon sourire, le plus beau... pour Toi


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