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Rédigé par delphine

la ballade de l'impossible...



... norwegian wood

je me demande s'il n'y a pas à l'intérieur de mon corps un endroit sombre, une contrée lointaine où mes souvenirs les plus importants s'entassent pour donner de la vase. (extrait)


la ballade de l'impossible...
sans jamais forcer le trait, l'auteur du livre dont est adapté le film, haruki murakami, nous précipite dans un univers nimbé d'une violence douce...
le désarroi qui hante ses personnages est à l'image de leurs existences : lisse et silencieux.
ainsi va le monde moderne, semble-t-il vouloir nous dire, ce royaume des solitudes.

en 1987, haruki murakami publie 'noruwei no mori' (bois de norvège) un roman (paru en france sous le titre 'la ballade de l'impossible') qui raconte les amours de watanabe et naoko, au temps de la révolte étudiante japonaise.
au début, il n'y a que deux minutes : sur la première face de "rubber soul" (the beatles, 1965), norwegian wood raconte en deux couplets et un pont un amour éphémère.


tran anh hung le porte à l'écran...
il est facile de comprendre pourquoi tran anh hung a eu envie de mettre en image la ballade de l'impossible.
cette histoire douloureuse sur un étudiant japonais confrontée à la disparition subite de celle qui lui a fait découvrir l'amour physique fleure bon une mélancolie chère au réalisateur de l'odeur de la papaye verte (1993), qui n'avait plus tourné depuis 2000 et à la verticale de l'été.

la force de la jeunesse...
c'est dans le japon des années 1960 que le cinéaste saisit les doutes et les passions de la fin de l'adolescence.
il est le premier réalisateur auquel le romancier haruki murakami a accepté de faire confiance en lui offrant l'un de ses récits.

(...) 'il m'a parlé très franchement, se souvient tran anh hung , en s'intéresssant à tous les aspects du tournage y compris au budget dont je disposais.'


chaque plan du film émerveille par sa beauté... cette promenade lente, languissante, rend parfaitement ce que le réalisateur décrit comme l'époque des certitudes proclamées les larmes aux yeux.
le sentiment poignant qui se dégage de ce beau film se met au diapason de 'norvegian wood', chanson des beatles qui lui donne son titre original.
... on y parle d'amours mortes laissant des traces indélébiles au cœur et à l'âme.

synopsis...
au cours d'un voyage en avion, le narrateur entend une chanson des beatles, 'norwegian wood', qui ressuscite brusquement en lui le souvenir d'un amour vieux de dix-huit ans...
quand il était lycéen, kizuki, son meilleur ami, s'est suicidé un soir, après avoir joué au billard avec lui. kizuki avait une amie d'enfance, naoko, et tous deux étaient amoureux... depuis, pour le narrateur, la mort fait partie de la vie, elle est partout, dans l'air qu'il respire.

un an après ce suicide, le narrateur rencontre par hasard naoko, et ils commencent à se voir, de temps en temps. naoko était insaisissable ; elle l'est toujours, incertaine et angoissée, mais il l'aime ainsi.
une nuit, elle lui livre son secret, puis disparaît.
quatre mois plus tard, il recevra une longue lettre, envoyée d'un sanatorium situé dans la montagne.... entre-temps, le narrateur aura rencontré midori, une jeune fille franche, pleine d'esprit... autour d'elle planent également les ombres de la mort.

pas de deux...
watanabe est un garçon mélancolique dont le meilleur ami se suicide.
il quitte alors sa ville natale de kobe pour tokyo, où les étudiants manifestent et occupent l'université. Là, il retrouve naoko, qui fut l'amante du disparu.

entre les deux jeunes gens, l'étudiant lunaire qui regarde le monde de l'extérieur et la jeune femme hypersensible, se noue une relation faite de rendez-vous manqués, de mots prononcés ou tus au mauvais moment.


ce pas de deux s'inscrit dans des paysages d'une beauté bouleversante que le traitement numérique de l'image rend encore plus insaisissables... et la partition de jonny greenwood, tout en cordes mélancoliques - à rebours de son travail pour there will be blood - parachève cette musique que beaucoup considéreraient comme triste.

c’est donc bel et bien un aller simple pour le japon que l’auteur nous propose... mais un japon poétique, lyrique, champêtre, hors du temps.

des instants d’innocence pure, de naïveté, telles des bulles d’oxygène, succèdent à d’autres, plus terre-à-terre, dures ou encore sexuels, lascifs, érotiques, mais jamais pornographiques... c’est tout l’art d’haruki murakami : sa description de certaines scènes très intimes ne suscitent qu’admiration et beauté tant la sincérité qui en découle écrase toute perversité.
tel un guide, le héros - seul et décalé dans un tokyo grouillant - entraîne le lecteur dans ses différents amours.
la fragilité des personnages est frappante et comme lui, on les apprécie, on veut les aider, les connaître, leur colorer la vie…
sous forme de spleen, la toile de fond de ce roman... la mort, la dépression, le suicide chez les jeunes, laissent un goût amer.
la jeunesse japonaise grandit avec difficulté et l’amour, la complicité, l’amitié profonde y semblent des bouées de sauvetage bien minces…

à la fin, une tristesse latente nous envahit... nous sommes seuls, entourés de visages imaginés, éphémères et éthérés, tels des fantômes nostalgiques.

il s'agit toujours de saisir au vol un amour qui naît, s'épanouit et s'évapore.
le film, traque avec une langueur méthodique ces moments qui arrachent la vie au quotidien.


'je me demande s'il n'y a pas à l'intérieur de mon corps un endroit sombre, une contrée lointaine où mes souvenirs les plus importants s'entassent pour donner de la vase.'




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