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Rédigé par delphine

la tortue rouge




... des vagues géantes déploient leur fureur, envahissent l'écran... immersion totale.
Perdu, affolé, happé et ballotté, un naufragé se débat, point dérisoire au coeur d'une formidable montagne d'eau en mouvement. Entre l'homme et la nature, tout commence, donc, dans le fracas d'une guerre inégale. Sauf que La Tortue rouge est l'ample et émouvant récit d'une réconciliation. Mieux, d'une fusion amoureuse. Ce somptueux film d'animation (prix spécial à Cannes, dans la section Un certain regard ) est bien plus qu'un récit écolo comme les autres. Il s'enivre de la beauté des éléments, du vivant comme du minéral, avec la force des grands récits mythologiques.
Lorsque la mer, enfin calmée, recra­che le héros, à peine vif, sur une île déserte, on croit pourtant voir poin­dre une énième histoire exotique, ­façon Robinson Crusoé. Fausse piste, ou plutôt erreur de perspective. L'être humain, ici, n'est pas le jouet du décor. Et la nature n'est pas une réserve d'accessoires à la disposition de son ingéniosité. C'est une puissance mys­térieuse, à la fois impassible et changeante, accueillante et rétive...

Au début, l'homme veut faire l'homme. Il croit à la chimère d'une con­quête, d'une mise au pas. Il s'acharne. Il fabrique un radeau de fortune, avec ce qui lui tombe sous la main. Mais la mer ne veut pas le laisser partir. Dix fois, cent fois, il échoue avant de gagner le large, coulé par une force énigmatique et invisible. Exactement comme le film qui, dix fois, cent fois, déjoue nos attentes, nos habitudes de spectateur. Il faut du temps, à lui comme à nous, pour changer de point de vue, laisser l'arrière-plan devenir l'es­sentiel : le cycle du ressac sur le sable lisse, le chant des bambous agités par le vent, le rythme des jours qui ­défilent, lents et réguliers, comme la respiration d'un dormeur. Animé « à la main » et à l'ancienne, à l'aquarelle et au fusain, ce conte contemplatif — et totalement sans paroles — s'exprime à travers la lumière changeante et le jeu des couleurs — or du soleil, plomb de l'orage, mercure d'une nappe d'eau douce...

L'île est-elle vraiment magique ? Epuisé, en haillons, l'homme sans nom et sans mots divague. Son sommeil, à même le sable, se peuple de visions. Mais c'est bien éveillé, sous le soleil, qu'il trouve celle qui, inlassablement, coule son embarcation et l'empêche de fuir. C'est une immense tortue rouge qui, comme dans l'un de ces mythes aussi vieux que les rochers et l'eau, se transforme en femme à l'immense chevelure rousse emmêlée. L'île devient, dès lors, le lieu d'une vie à deux — puis à trois, lorsqu'un enfant naît et gran­dit. Bonheur primitif, quotidien, rythmé par la course malicieuse des cra­bes voleurs, l'étirement des ombres, le ­crépitement des ondées passagères. Et cycle tranquille des siestes et des rires, de la pêche et de la cueillette. Rien d'ennuyeux dans la douceur naïve de ces silhouettes enfin apaisées qui épousent leur environnement, ­jus­que dans ses déchaînements de ­violence (inoubliable et spectaculaire ­séquence de tornade).

Du Néerlandais Michaël Dudok De Wit, on aimait le sens de l'épure, les jeux graphiques sur l'ombre et la lumière, toute une poésie méditative qu'il exprimait dans ses courts métrages. Dans Le Moine et le Poisson, une partie de pêche tournait au ballet cocasse entre le pêcheur rondouillard et sa proie, pour se terminer, déjà, par une rêveuse réconciliation. Dans Père et fille (oscar du meilleur court métrage 2001), tous les chemins menaient aussi à la mer, à sa ligne énigmatique, entre vie et mort. Mais son premier long métrage est plus réussi encore, avec son supplément d'animisme à la japonaise. Dans sa description de la nature, dans chaque souffle de vent et dans chaque brindille, le film reflète l'influence du studio Ghibli, des maîtres Isao Takahata et Hayao Miyazaki. Ce sont eux, d'ailleurs, qui ont sollicité le cinéaste, qui ont présidé à la naissance du film, produit, en France, par le studio Prima Linea. Démarche historique, puisque La Tortue rouge est leur toute première collaboration avec un artiste étranger et extérieur au studio. A ce conte original, ils ont trouvé une place de choix sur la carte de leur univers, à l'ouest des forêts magiques de Princesse Mononoké et de l'océan de Ponyo sur la falaise. Quelque part sur le tropique du chef-d'oeuvre.


EUX...
EUX...

UNE COSCÉNARISTE INDISPENSABLE !

Au cours de sa longue gestation (neuf ans, depuis la première proposition du studio Ghibli à un Michaël Dudok De Wit émerveillé et incrédule, jusqu'à la sortie), La Tortue rouge a bénéficié d'un renfort crucial : l'arrivée comme coscénariste de la cinéaste Pascale Ferran (Lady Chatterley, Bird People). Pour Michaël Dudok De Wit, cette intervention a tout changé : « Elle a un rapport au cinéma que j'aime beaucoup, et le fait qu'elle soit étrangère au monde de l'animation ajoutait à l'originalité de son regard. Elle sentait la beauté du film, elle repérait très vite les problèmes, elle trouvait tout de suite les solutions. On a travaillé ensemble plusieurs mois, je dessinais, elle écrivait. Si elle n'avait pas été là, le projet n'aurait pas survécu. »


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