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Rédigé par delphine

dreams



akira kurosawa... 1990


akira kurosawa... 1990
akira kurosawa... 1990
'rêves' s'avère être un regard en arrière sur la vie de kurosawa. Au cours des huit parties du film (Au départ, le cinéaste japonais désirait faire dix sketchs, mais deux ne furent pas tournés pour des raisons techniques.), kurosawa nous promène entre ses rêves d'enfance, ses cauchemars, ses expériences artistiques (on croise vincent van gogh, interprété par martin scorsese) et ses messages écologiques.



soleil sous la pluie...

se révèle comme un conte à la splendeur visuelle sans égale, teinté d’une cruauté jusque-là inattendue : un enfant, malgré les consignes de sa mère, se rend dans la forêt voisine pour épier le mariage des renards.
akira kurosawa cache d’ailleurs un propos parfois sombre par la beauté des paysages et de la nature, ainsi que par la magie qui en découle.
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le soleil sous la lune...

Une journée ensoleillée, mais pluvieuse.
L'enfant n'a pas le droit de sortir car sa mère lui raconte une légende : pendant ses journées, les renards se marient et n'aiment pas être vus. Mais l'enfant désobéit et va dans la forêt. Caché derrière un arbre, il observe une procession de mariage de renards. Lorsqu'il est surpris, il fuit mais sa mère refuse de le laisser rentrer. Un renard a déposé un poignard pour qu'il s'ouvre le ventre. S'il veut vivre, le garçon doit retrouver les renards en cherchant le pied de l'arc-en-ciel, leur demander pardon et rendre le poignard.

dès l'enfance, on est responsable de ce qu'on fait et on doit en subir les conséquences.

le verger aux pêchers...

continue dans l’exploration de l’enfance avec ce bambin se trouvant face aux esprits de son verger, malencontreusement rasé. kurosawa souligne ses références au théâtre Kabuki (les esprits et leur chorégraphie) et signe là le plus beau moment du film, peut-être aussi le plus touchant et le plus triste (superbe musique d’ailleurs).

En servant le thé à sa soeur aînée et ses amies, le petit frère remarque une jeune femme inconnue habillée en rose. Il la poursuit jusque dans le verger où les pêchers ont été coupés. Il est alors pris à partie par les âmes des arbres. Les personnages ressemblent aux poupées des rayonnages de sa soeur. Les costumes et les chorégraphies (Gagaku) sont superbes.

le festival des poupées a lieu chaque année au printemps sous les pêchers en fleurs mais comment faire s'il n'y a plus de pêchers ?

la tempête de neige...

Depuis trois jours, quatre montagnards sont pris dans une violente tempête de neige. La fatigue, le froid, le brouillard et la peur auront-ils raison de ces hommes vaillants ? D'autant plus que leur camp n'est qu'à quelques mètres !
akira illustre le sempiternel mythe de la femme fantôme aux longs cheveux noirs (réminiscence du deuxième segment de "Kwaidan" qui prenait aussi comme cadre une montagne enneigée) mais cette fois habitée par de bonnes intentions (quoique sa transformation brutale la rend davantage ambiguë). Ainsi elle protége quelques alpinistes, se laissant mourir de froid lors d’une terrible tempête. Une manière pour Kurosawa de se rappeler sa tentative de suicide peu après avoir réalisé "Dodes Kaden" ??

l'homme lutte contre la Nature, contre les éléments, (psittt, 70 % du territoire japonais est inhabitable), il a la volonté de survivre, d'avancer, c'est ce qui fait sa force.

le tunnel...

Un capitaine démobilisé rentre chez lui. D'un tunnel, très sombre, sort un chien anti-char, hargneux et couvert de grenades. Malgré sa peur, le soldat traverse le tunnel sans encombre, mais il se retourne à la sortie et se retrouve confronté à ses démons : d'abord le fantôme du soldat noguchi, puis tous ses hommes morts au combat qui refusent de quitter le monde des vivants.

c'est le grand moment du film, incontestablement : après avoir traversé un tunnel gardé par un chien féroce et mystérieux (Cerbère ?), un colonel de retour de la guerre voit l’une de ses recrues revenir en mort-vivant, encore persuadée qu’elle n’est pas morte ! Mais une autre surprise attend le héros de cette histoire…
Rappel de la défaite du Japon pendant la Seconde Guerre mondiale, 'le tunnel' inquiète autant qu’il touche, renvoyant au fameux 'J’accuse' d’abel gance, ou les soldats de la guerre 14-18 ressuscitaient. Un excellent travail est d’ailleurs effectué sur le son (aucune musique, de manière à faire ressortir certains échos voire justement la gravité du sujet) et il sera impossible d’oublier ce plan émouvant où le soldat d’outre-tombe se tourne vers sa maison natale, encore éclairée et perdue dans les montagnes. Puissant !!! mais sans la poésie autour...

les japonais pensent que parfois les morts veulent rester près des vivants, c'est aux vivants de les persuader d'aller où ils doivent aller ainsi chacun peut vivre en paix.

les corbeaux...

Alors qu'il admire dans un musée des oeuvres de vincent van gogh, un peintre (étudiant ?) japonais se retrouve dans un des tableaux, Le pont de langlois à arles aux lavandières. Il rencontre le maître en train de dessiner et échange quelques mots avec lui (en français !) mais van gogh pense que son heure est proche et qu'il n'a pas de temps à perdre. Le Japonais lui court après, de tableau en tableau, sans pouvoir rattraper le peintre, jusqu'au champ de blé aux corbeaux.

avec ce clin d'oeil artisitique, akira permet de retourner dans un univers plus apaisant, celui des toiles de Van Gogh... difficile de faire abstraction des effets spéciaux et de cet éclatement de couleurs dément, nous plongeant réellement dans les toiles du maître. Et c’est ce qui arrive à ce jeune étudiant, à présent piégé dans les fameux tableaux, rencontrant même ledit peintre (martin scorsese himself, totalement méconnaissable).

ce tableau est le dernier de van gogh puisqu'il a été peint en juillet 1890, il symbolise l'indécision (lequel des 3 chemins prendre ?) et la mort.


le mont fuji en rouge...

La population essaie de fuir, le mont fuji est rouge, certains croient à une éruption volcanique mais ce sont en fait les réacteurs de la centrale nucléaire située derrière la montagne qui explosent les uns après les autres... Il n'y a nulle part où se réfugier, les gens se jettent dans la mer, vers une mort certaine. De toute façon, les radiations tueront les survivants.

kurosawa nous fait passer du rêve optimiste au cauchemar intense, avec 'le mont fuji en rouge', portrait pessimiste d’une catastrophe, qui espérons le, n’arrivera jamais. Tokyo est en pleine détresse, le mont fuji s’est réveillé et les usines nucléaires explosent en chaîne. Plus aucun espoir n’est permis, kurosawa se complait dans un pessimisme terrifiant.

le mont fuji est un des symboles du Japon, détruire le mont fuji, c'est détruire le Japon. Une charge contre le nucléaire et ses dangers.


les démons gémissants...

Une homme erre seul sur une terre dévastée par des bombes H. Il rencontre un oni (démon) qui a une corne sur le front. Celui-ci lui montre des fleurs de pissenlit géantes et d'autres démons qui ont deux ou plusieurs cornes. Ils étaient des humains auparavant mais ils sont maintenant condamnés à vivre à perpétuité avec leur souffrance, c'est pourquoi ils sont les démons gémissants.

peut-être une sorte de suite au 'mont fuji en rouge', reprenant toujours cette note pessimiste et ce climat d’atmosphère de fin du monde : un jeune homme, perdu au milieu de montagnes dévastées par la bombe H, tombe nez à nez avec un démon gémissant, autrement dit un homme atteint de radiations et pourvu de cornes. Cauchemardesque et apocalyptique dans l’univers où il se développe et ses plans (fleurs géantes, villes détruites), 'les démons gémissants' se terminera par une semi apothéose horrifique, avec cette vision de créatures décharnées se tortillant autour d’un lac de sang.

c'est un plaidoyer pour la Terre et la protection de la Nature car si les hommes continuent sur leur lancée, ils deviendront des démons.


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le village des moulins à eau...

Un promeneur arrive dans un village de moulins à eau. L'endroit est idyllique. Il rencontre un groupe d'enfants puis un vieil homme de 103 ans qui répare une roue en lui parlant de leur art de vivre. Puis le promeneur assiste à l'enterrement d'une femme de 99 ans, certainement le plus joyeux qu'il n'ait jamais vu.

Epilogue reflétant la fin de carrière de Kurosawa, 'le village des moulins à eau' se pose sur un vieillard, attendant paisiblement sa mort dans un village dénué de toute technologie, fonctionnant uniquement par des ressources naturelles. Un dernier tableau simpliste, un peu long, mais joli, et bien sûr sensé.
(psittt, les cauchemars sont co-scénarisés (voire co-réalisés) par Ishiro Honda, le papa de 'Godzilla'.)



un récit sur le respect des ancêtres, des traditions, la beauté et les richesses de la Nature qui produit sa propre énergie (bois, eau, vent) et qui, si elle n'est pas souillée, ne souille pas le coeur des hommes. Une belle leçon d'optimisme après les horreurs précédentes !

... un film testament, magique et unique.




Aidé par l’union soviétique avec 'dersou ouzala', par la france pour 'ran' et les USA pour 'kagemusha', kurosawa voit son nouveau film produit cette fois par steven spielberg, apportant avec lui la société ILM (warner bros.) , permettant ainsi un meilleur travail sur les effets spéciaux.

Ishirô Honda (le créateur de Godzilla) a coécrit le scénario du 'tunnel' et du 'mont fuji en rouge'. Il a aussi coréalisé le 'tunnel', 'le mont fuji en rouge' et 'les démons gémissants'. Ishirô Honda s'est principalement occupé des effets spéciaux.


De magnifiques images, très peu de dialogues, des musiques sans hasard...
beaucoup de symboles sur le Japon et un message universel de paix.

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Fils de militaire, akira kurosawa se destine d'abord à la peinture. Mais le travail d'illustrateur ne suffisant pas à subvenir à ses besoins, il participe à un concours et devient assistant-réalisateur. Il réalise personnellement quelques séquences puis signe en 1943 son premier long métrage : 'la légende du grand judo'.

akira kurosawa, artiste et artisan du cinéma aura inspiré, entre mille, john sturges (the magnificent seven, version américanisée des sept samouraïs), sam peckinpah, sergio leone, steven spielberg, francis ford coppola, george lucas, andrei konchalovsky (the runaway train, tiré directement d’une histoire de kurosawa), quentin tarantino, james cameron et, évidemment, de nombreux cinéastes japonais qui ont reconnu en lui un véritable mentor.

et quand il est question de cinéma épique, kurosawa fait figure de référence... cinéma épique, philosophique et transcendant, akira étant lui-même un exégète avoué de dostoïevski et de shakespeare, qui ne sont pas précisément de médiocres modèles. Mais kurosawa, érudit, pioche aussi dans la littérature, l’histoire, la culture, l’art et le folklore de ses terres natales, descendant qu’il est d’une famille de samouraïs. Les films de kurosawa sont toujours porteurs d’un 'message', d’un propos, d’une réflexion et d’une vision qui allient la forme au fond.


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Nous sommes en 1990, akira kurosawa est à présent âgé de 80 ans...
80 années pour une trentaine de films miraculeux et superbes, 80 années rares sans aucune fausse note. Par le drame, le film historique ou le polar, kurosawa éblouira ses spectateurs et l’histoire du 7ème art.
Pourtant s’il semble passer par presque tous les genres, mais alors... et le fantastique ?

Pourtant répandus dans le cinéma japonais, le fantastique et l’horreur semblent invisibles dans la filmographie de l’auteur : enfin pas tout à fait puisque outre un passage démentiel dans 'rashomon' en 1950 et pour lequel il remporte le lion d'or à venise et ouvre le cinéma japonais à l'occident (pour une enquête, une sorcière se laisse posséder par la victime assassinée), c’est surtout dans 'le château de l’araignée' que le surnaturel prend place : déjà par cette atmosphère spectrale et sombre, mais aussi par ses images fantastiques, par ce personnage de sorcière fantôme particulièrement inquiétant.
Si 'les sept samouraïs' l'impose comme un maître de son art, il adapte plusieurs classiques de la littérature occidentale, dont 'l'idiot' de dostoïevski, et 'le château de l'araignée' d'après 'macbeth' de shakespeare. Malgré la reconnaissance et le succès, il connaît plusieurs échecs qui le pousseront au suicide, heureusement manqué.

Soutenu par francis ford coppola et george lucas, il réalise 'kagemusha, l'ombre du guerrier', une fresque épique dans le japon féodal, qui remporte la palme d'or à cannes en 1980. Cinq ans plus tard, 'ran', autre adaptation libre du 'roi lear' de shakespeare, remporte un immense succès public et critique.
akira kurosawa tourne son dernier film en 1993, 'madadayo', une oeuvre dédiée à sa famille et à ses maîtres.

Toujours est-il que c’est à la fin de sa carrière que kurosawa se met enfin au fantastique, avec ce film merveilleux (et quasi autobiographique, voire 'instinctif' comme l’a déclaré kurosawa) nommé 'rêves'...

... une manière pour kurosawa d’offrir une vision de sa vie et de sa carrière par l’illustration de ses rêves, un concept insolite mais parfaitement captivant, tout à fait digne du grand maître.

'L’homme a du génie lorsqu’il rêve' [ akira kurosawa ]
'L’homme a du génie lorsqu’il rêve' [ akira kurosawa ]
  • * la légende du grand judo (1943)
    * les hommes qui marchèrent sur la queue du tigre (1945)
    * l'ange ivre (1948)
    * le duel silencieux (1949)
    * chien enragé (1949)
    * scandale (1950)
    * rashōmon (1950)
    * l'idiot (1951)
    * Vivre (1952)
    * les Sept Samouraïs (1954)
    * vivre dans la peur (1955)
    * le château de l'araignée (1957)
    * les bas-fonds (1957)
    * la forteresse cachée (1958)
    * les salauds dorment en paix (1960)
    * yojimbo (1961)
    * sanjuro (1962)
    * entre le ciel et l'enfer (1963)
    * barberousse (1965)
    * dodes'kaden (1970)
    * dersou ouzala (1975)
    * kagemusha, l'ombre du guerrier (1980)
    * ran (1985)
    * rêves (1989)
    * rhapsodie en août (1991)
    * madadayo (1993)


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