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C’est l’histoire du premier massacre d’animaux causé par le réchauffement climatique.
Voici au coeur de l’Australie, la chronique d’une éradication programmée de un million de dromadaires sauvages par des éleveurs qui veulent préserver ce qu’il y a de plus précieux pour leur bétail : l’eau !
(texte : philippe allante)


une guérilla contre l’animal du futur vient de débuter...
Mais c’est sans compter sur les nombreux défenseurs de cet animal emblématique de l’histoire de l’Australie. Résultat, les premiers massacres ont soulevé un tel émoi, que le gouvernement a dû changer de fusil d’épaule en comptant maintenant uniquement sur le désir d’en finir des éleveurs de bovins qui considèrent qu’un bon dromadaire est un dromadaire mort.

En fait ce qui devait être une élimination massive et rapide se transforme en une guérilla, dans laquelle les aborigènes vont avoir un rôle déterminant à jouer, en pouvant devenir de véritables bédouins du désert rouge.


une guérilla contre l’animal du futur vient de débuter...
C’est donc aussi le récit d’une course contre la montre pour que les terres sacrées des aborigènes deviennent le sanctuaire des dromadaires.

L’enjeu du sort des deux millions de dromadaires sauvages est de taille à un moment où compte tenu de l’aridité qui ne cesse de s’étendre à la surface du globe, cette bête est vitale pour l’avenir de deux milliards d’être humains. Mais en Australie, une guérilla contre l’animal du futur vient de débuter.


une guérilla contre l’animal du futur vient de débuter...
Le mythique et très touristique centre rouge australien va l’être encore plus mais cette fois avec le sang d’un million de dromadaires sauvages.
Car dans le centre du continent, où il n’y a pas eu de véritables pluies depuis 5 ans, les réserves d’eau sont au plus bas ou plutôt de plus en plus profondes à prélever.
Les éleveurs ne tolèrent plus le passage des dromadaires sauvages sur leurs terres et surtout le fait qu’ils viennent boire aux points d’eaux réservés à leur bétail.
L’eau captée dans le sous-sol est trop précieuse pour être partagée.

Il y a encore quelques années, les chameaux trouvaient des points d’eau naturellement.
Maintenant les hordes chamelières convergent vers les mares aménagées pour le bétail et assèchent tout sur leur passage.
La sécheresse qui devient de plus en plus sévère au fil des années et la pénurie d’eau qu’elle entraîne a créé ce climat de haine des éleveurs contre ce qui est devenu pour eux, un véritable fléau.


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Le gouvernement a cédé face au lobby des éleveurs de bovins et a donné le feu vert pour déclencher un véritable holocauste.
Objectif, éradiquer 1 million de dromadaires sur les deux millions estimés.

L’Australie dans le passé a eu recours à maintes reprises à des solutions expéditives contre des espèces animales qui se reproduisaient en trop grand nombre dans le bush.
Les lapins, les kangourous ou les chiens sauvages ont connu des vagues d’exterminations et cela faisait partie de la particularité de cet endroit du monde où tout est à une autre échelle.


kevin rudd
kevin rudd
Si effectivement, les descendants des premiers dromadaires, venus d’Afghanistan en 1860 pour permettre de réaliser les chantiers des voies ferrées, se sont multipliés dans des proportions considérables, dans le contexte actuel l’extermination massive reste un acte difficilement justifiable et Kevin Rudd le premier ministre australien a déjà dans la presse américaine une image de 'serial killer'.

Car début décembre 2009, l’abattage de 6000 bêtes dans la région de Docker River dans l’ouest du Queensland a provoqué une mobilisation dans les médias contre ce carnage.
Les images de dépouilles se décomposant à perte de vue a momentanément suspendu de la part du gouvernement la volonté d’une éradication rapide et à grande échelle.

Ce qui devait être une guerre éclair va se transformer en guérilla. Pour ne pas d’avantage émouvoir l’opinion publique et les médias anglo-saxons, les technocrates de Canberra viennent d’augmenter les quotas pour l’achat de munitions dans tous le «Northem territory».

En deux mots, les éleveurs vont pouvoir acheter plus facilement et un plus grand nombre de caisses de munitions par personne et abattre autant de dromadaires qu’ils veulent de manière préventive ou dès qu’ils entrent sur leurs terres.

peter garett
peter garett
Car derrière cette guérilla de l’eau contre les dromadaires, il y a des préoccupations humaines importantes. Les affrontements entre les éleveurs et défenseurs d’un patrimoine animal important de l’Australie s’annoncent musclés et extrêmement virulents et ce n’est pas le nouveau ministre de l’Environnement, Peter Garett, l’ancien chanteur du groupe de rock emblématique Midnight oil qui va pouvoir apaiser les esprits.

Face à celui qui a délaissé la musique pour une carrière politicienne, il y a des hommes qui savent que le chameau est un animal précieux même dont la présence doit être régulée avec intelligence. À la tête de ce mouvement qui refuse de voir les dromadaires abattus comme des lapins, il y a Paddy Mc Hugh.

C’est une légende de l’Outback australien, il est l’homme qui murmure à l’oreille des dromadaires.


paddy Mc hugh
paddy Mc hugh
Cela fait 35 ans, que cet ancien champion de l’équipe nationale de chute libre, se démène pour que cette bête soit considérée comme une richesse et non comme un fléau.
Sur une planète où la restriction de l’eau va s’accroître, où en Afrique on manque cruellement de chameaux et où l’on se tue pour en voler, il apparaît absurde pour Paddy de tuer autant de bêtes sans utilité :
« Le chameau a tellement de personnalité, tellement de potentiel.
Le chameau n’est pas simplement un animal que l’on peut monter ou utiliser pour la viande. Il y a également sa laine, son sang pour les produits pharmaceutiques, leur lait qui est excellent, C’est un animal fantastique, mais les gens ne le comprennent pas, ils en ont peur et cela ne mène à rien !
».

Paddy est à la tête d’un collectif de scientifiques, d’écologistes mais aussi de membres d’une industrie chamelière naissante. Le bras de fer à coups de meeting et de conférences de presse est engagé.
Il est inimaginable d’espérer abattre jusqu’à 2000 têtes par jour en les laissant se décomposer sous le soleil brûlant. Dans ces conditions, pour lui ce carnage est aussi inutile qu’irresponsable.


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Cet expert de la population chamelière est aussi un pionnier.
Depuis plusieurs années, Paddy Mc Hugh organise l’exportation des dromadaires sauvages vers les états du Golfe de Persique et le plus grand bonheur des princes des Emirats.
En effet, pour les courses de dromadaires locales, certaines bêtes passent pour de véritables étalons et atteignent ainsi de petites fortunes. L’Australie possède très peu de pétrole mais elle est aujourd’hui la plus grande réserve mondiale de chameaux.

Au cours des derniers mois, en véritable diplomate, Paddy a entamé une tournée qui l’a menée en Amérique ou à rencontrer plusieurs fois le Cheik Président des États Arabes Unis. Il espère que cette croisade va lui donner plus de moyens pour capturer des chameaux et les exporter vers l’Arabie ou l’Afrique où il existe de moins en moins de spécimens sauvages et leur prix ne cessent de grimper, privant les populations les plus fragiles de cette bête indispensable à leur vies précaires.


alex tinson
alex tinson
Car avec le dérèglement climatique, des scientifiques ont déterminé qu’avec son lait et sa viande, il va devenir un animal de plus en plus précieux pour plus de 2 milliards d’êtres humains, quand il sera impossible d’offrir des pâturages aux bovins à cause des sécheresses à répétition lors les décennies à venir.

Le Docteur Alex Tinson qui est le meilleur spécialiste mondial en ce qui concerne la reproduction des chameaux est intimement de leur valeur pour le futur.

Et ce n’est pas un hasard non plus, si son laboratoire ultramoderne de Melbourne est financé en grande partie par des fonds d’Arabie Saoudite.
Cet éminent chercheur travaille sur l’ensemble du potentiel génétique de cet animal, le seul mammifère totalement adapté à l’aridité qui s’étend chaque jour à la surface du globe. Si l’avenir des dromadaires passe par les avancées scientifiques en matière de procréation in vitro, il passe aussi par l’intérêt des premiers habitants de cette terre australe : les aborigènes.


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Actuellement, dans ce conflit entre blancs sur la manière de tolérer les dromadaires sur le sol australien, ceux qui ont été parqués dans les zones les plus arides sont peut-être pour les dromadaires les meilleurs protecteurs de demain.
Disposant de territoires autonomes dont la superficie est comparable à celle de l’Europe, c’est une zone qui peut devenir une immense réserve à condition que les véhicules ou les hélicoptères des fermiers ne poursuivent pas les dromadaires sur les terres sacrées des aborigènes.

Rien n’est moins sûr, mais pour Paddy Mc Hugh une course contre la montre a déjà commencé : transformer les aborigènes en véritables éleveurs de dromadaires.



roger kayipi
roger kayipi
Les aborigènes devenant des bédouins c’est un rêve en passe de devenir réalité.
Au coeur du désert rouge, à l’est d’Alice Spring, la formation accélérée suscitée par Paddy Mc Hugh a commencé avec à sa tête l’un des chefs de la Tribu Pitjantanatjara, Roger Kayipi. Mais il y a aussi l’aide de grands propriétaires de ranch de la région comme Ian Conway qui offre à la tribu aborigène de Kings Canyon des moyens routier et aériens pour capturer un maximum de bêtes et les parquer en territoire aborigène.
Cet homme qui a toujours respecté la culture aborigène se souvient aussi de l’héritage que représente les chameaux :
« Pour moi, les chameaux, c’est l’histoire.
Tout l’Outback a été découvert grâce aux chameaux. Ils ont été utilisés par les blancs pratiquement pour tout. C’est seulement au milieu des années 60 qu’ils ont été définitivement relâchés. Le chameau reste pour moi mon animal préféré.
Quand on les éduque, ils viennent vous faire des câlins, vous embrasser, c’est comme d’avoir un animal fidèle...».


En territoire aborigène, les premières formations à l’élevage des dromadaires ont débuté.
Mais il y a aussi un vrai travail pour changer les mentalités, car cet animal qui n’existe que depuis un peu plus d’un siècle au pays du « temps des rêves » n’était pas considéré comme digne d’intérêt par cette culture vieille de 40 000 ans. Autour D’Alice Spring, la capitale du centre rouge, trois centres de formation accueillent globalement une centaine de candidats aborigènes à l’élevage de dromadaires, à la manière de ce qui se déroule déjà sur les terres du ranch de Ian Conway avec Roger Kayipi.

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Mais tous les propriétaires de ranchs ne partagent pas la même philosophie.
À quelques centaines de kilomètres plus au sud, il y a la propriété de 460 000 hectares de la famille Séverin. Hasley fait figure de dernier « stockmen » en délaissant le cheval pour son énorme 4x4 qu’il conduit comme un pilote de rallye.
Tous les deux jours, il parcourt 120 kilomètres de piste pour inspecter les différents points d’eaux réservés à son bétail, avec toujours un fusil à portée de main au cas ou il apercevrait des silhouette à bosse sur ses terres.
Après avoir entouré son domaine de clôtures électrifiées avec plus de 200 kilomètres de barbelés, il est l’un des plus farouches adeptes de la solution expéditive.


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Un bon chameau est pour lui un chameau mort.
Ce qui compte pour lui après la pluie, ce sont ses bovins et les milliers de touristes qui s’arrêtent un peu comme des moutons dans son ranch en allant ou en revenant d’Ayers Rock.
Semblant sorti d’une scène de western avec ses airs de Lee Van Cleef, Ashley Séverin a du mépris pour les tribus aborigènes qui ne font rien contre les chameaux.
Est-ce seulement du mépris, ou serait-il prêt à outrepasser les lois de la territorialité pour avoir la peau de toujours plus de chameaux. L’avenir le dira rapidement.
C’est d’ailleurs l’un des risques majeurs de cette guérilla contre l’animal du futur.


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Les aborigènes malgré eux peuvent être entraînés dans cette guérilla contre les
chameaux.
La moindre confrontation pourrait réveiller des blessures à vifs chez de nombreux membres de la communauté aborigène parquée dans des No man’s land désertiques où les conditions de vie sont précaires.
Le début d’année 2010 dans l’Outback va être déterminant dans cette confrontation entre partisans de l’abattage et ceux la régulation intelligente et les aborigènes et cela va obligatoirement apporter des réponses à des questions brûlantes qui restent en suspend dans cette guérilla contre l’animal du futur.
  • Que va t-il réellement advenir des 1 million de chameaux en liberté dans l’Outback ?
  • Jusqu’où iront les propriétaires de ranch prêts à tout pour en finir avec le fléau des chameaux ?
  • Est-ce que le bras de fer entamé face aux lobbys et au gouvernement de Canberra par Paddy Mc Hugh sera couronné de succès ?
  • Les aborigènes vont-ils devenir de véritables bédouins du désert australien ?
  • Leurs territoires seront-ils un sanctuaire pour les chameaux enfin domestiqués pour une bonne cause ?

  • Cette guérilla pour protéger des réserves d’eau est-elle les prémices de conflits plus sérieux qui un jour opposeront cette fois les hommes entre eux ?


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le saviez-vous...

Upland, Californie : le lait de chameau un élixir thérapeutique.
Aux Etats-Unis, le professeur Millie Hinkle mène des recherches depuis 10 ans sur les particularités du lait de chameau.

Car s’il est déjà précieux en cosmétologie et s’il possède aussi des qualités nutritives exceptionnelles, c’est dans le domaine médical que ses vertus sont étonnantes.
Ce breuvage permet de guérir des leucémies, améliore les facultés de communications des autistes en activant les neurotransmetteurs.
Des études récentes démontrent également propriétés thérapeutiques non négligeables en cancérologie.
Après une décennie de négociation avec l’administration de Washington, cette militante
des médecines naturelles
a récemment réussi à légaliser l’importation de lait de chameau
aux Etats-Unis.

Entre ses cours, le laboratoire et ses différentes conférences et toujours un voyage programmé au Moyen-Orient ou au Soudan, Millie est la femme qui connaît le mieux les chameaux aux Etats-Unis.


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